L’année 2008 a été un véritable feuilleton à rebondissement pour les prix du pétrole. Le premier semestre est marqué par la flambée des prix avec un prix qui n’a jamais été aussi haut et le deuxième semestre par une dégringolade que rien ne semblait pouvoir freiner.
La flambée des prix du pétrole puis la dégringolade, l’épuisement des ressources, l’absence de réels substituts, l’aggravation de la récession économique mondiale, la grogne des pêcheurs, des transporteurs et consommateurs de toute l’Europe, ..., mais aussi des gens qui meurent de faim dans des pays producteurs de pétrole. Pourquoi ?
Et pourquoi ce n’est pas dit clairement ? Il existe autour du pétrole brut un halo de mystère qui conforte ceux qui en vivent et inquiète les autres. Comment se détermine le prix du pétrole et pourquoi flambe t-il par à-coups ? Pourquoi les économistes persistent-ils à se tromper dans leurs prévisions de prix et quelles en sont les conséquences ? Sous quelles conditions les recettes pétrolières des pays africains peuvent elles être utilisées dans la lutte contre la pauvreté ?
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L’auteur du livre Un baril de pétrole contre 100 mensonges, Thomas Porcher, montre comment l’augmentation du prix du pétrole était prévisible depuis 2004 et pointe les erreurs faites par les économistes ces dernières années.  |
Pour répondre à ces questions, l’auteur du livre Un baril de pétrole contre 100 mensonges, Thomas Porcher, montre comment l’augmentation du prix du pétrole était prévisible depuis 2004 et pointe les erreurs faites par les économistes ces dernières années. Il montre notamment que même malgré la dégringolade (imputable à la crise mondiale), l’année 2009 risque d’être marquée par un rebond des prix. Il montre également la stratégie de l’Arabie Saoudite.
Combattant une idée reçue, il montre qu’une gestion à la norvégienne des recettes pétrolières est loin d’être optimale et que les pays africains doivent mener une autre politique d’utilisation de leurs recettes pétrolières.
Thomas Porcher expose aussi les conséquences des erreurs de prévisions de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), porte parole des pays riches de l’OCDE et du World Energy Outlook (WEO). Par exemple, l’AIE et le WEO avaient prévu en 2001 un prix en moyenne à 24$/baril en 2004. Dans les faits, il variait en 2004 autour de 38$. Quelle est la conséquence de cette erreur ? Enorme perte pour les populations des pays pauvres pétroliers du fait de la pratique de pré-vente un an à l’avance.
La République du Congo a ainsi vendu un an de son pétrole soit 85 millions de baril au prix de 20$ en 2004 soit une perte de 18$ par baril. Sachant que 1$ supplémentaire rapporte 27 millions de dollars au Congo alors que le total des aides au développement pour ce pays avoisine 25 millions, la perte correspondante est plus une perte de sens et non d’essence (autour de 500 millions de dollars).
La moitié des pauvres du monde vit dans un pays producteur de pétrole. L’un des « objectifs du millénaire » retenus par l’Organisation des Nations Unies (ONU) est de diviser le nombre des pauvres par deux d’ici 2015 dans le monde. L’auteur montre pourquoi les « objectifs du millénaire » sont irréalisables notamment parce que les économistes du FMI se trompent dans leurs prévisions et aussi du fait de l’absence de transparence des pratiques des compagnies pétrolières.
En effet, Le FMI calcule la sécurisation de la nourriture et la lutte contre la pauvreté en fonction de la production pétrolière. Or, l’auteur, en exposant les informations qui figurent dans les contrats pétroliers de partage de production entre les compagnies et les pays pétroliers, montre que la majorité des pays pétroliers (Non-OPEP) ne récupère qu’une partie de leur production, certains seulement 1/3.
Enfin l’auteur établit un scénario de la situation mondiale en 2050 et montre que l’avenir économique de la planète risque d’être fortement perturbé lorsque les ressources pétrolières s’effaceront en Afrique, en Amérique du Sud et en Europe de l’Est, laissant l’Arabie Saoudite, quasi-unique détenteur de réserves, pratiquer un prix de monopole sur le pétrole et s’imposer comme « Superpuissance mondiale » dictant ses choix politiques et culturels au monde.
Les prix à la consommation continueront à augmenter dans les pays riches, provoquant des mouvements sociaux et changeront les moeurs des habitants et des industries, tant en production qu’en consommation. Les tensions les plus graves et aussi les plus violentes (conflit armé, famine…) se trouveront dans les pays pauvres, et plus particulièrement les pays actuellement producteurs de pétrole.
Thomas Porcher, 32 ans, est docteur en Économie, consultant international et enseignant à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et Paris V René Descartes. Spécialiste en stratégies pétrolières, il a travaillé pour le compte de l’Union européenne, de gouvernements et de sociétés pétrolières notamment en France et en Afrique. Thomas Porcher a récemment participé à l’émission C dans l’air (France 5) avec Yves Calvi pour débattre des résultats financiers de Total.
Commander Un baril de pétrole contre 100 mensonges de Thomas Porcher.