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Trafigura se dit non responsable de la pollution à Abidjan - 27 septembre 2006 - 10:24 (Par Pierre Melquiot)
Le Probo Koala, le navire qui se trouve toujours à quai dans le port estonien de Paldiski, est bloqué depuis lundi par Greenpeace. L'organisation écologiste juge le pétrolier « responsable d'un trafic de déchets toxiques ». Selon les autorités de l'Estonie, qui ont inspecté le Probo Koala le 15 septembre, l'accusation de Greenpeace n'est pas fondée. Un inspecteur a effectué des prélèvements sur le navire, dont les résultats seront rendus public ce jeudi. Mais sans attendre ces résultas, l'Estonie affirme que le Probo Koala ne transporte plus de déchets toxiques. De son côté l'affréteur Trafigura nie sa responsabilité dans la pollution à Abidjan qui a fait huit morts. Trafigura affirme à partir d'analyses qui ont été réalisées « indépendamment » que les déchets déversés en Côte d'Ivoire n'étaient pas toxiques. La demande de Greenpeace est également appuyée par une commission de la Côte d'Ivoire qui souhaite récupérer des documents à bord qui permettraient de retracer le parcours du bateau. Le Probo Koala, affrété par la multinationale néerlandaise Transfigura, a déversé le 19 août dernier quelque 500 tonnes de produits toxiques dans plusieurs décharges ouvertes de la capitale de la Côte d'Ivoire, Abidjan. Ces produits toxiques ont fait au moins 8 morts et des milliers d'intoxiqués. En attendant la réponse de l'Estonie, la Côte d'Ivoire poursuit ses travaux de dépollution.
De son côté, l'affréteur du Probo Koala, la société néerlandaise Trafigura, nie sa responsabilité dans la pollution par des déchets toxiques à Abidjan. En effet, le négociant en produits pétroliers Trafigura affirme à partir d'analyses qui ont été réalisées que les déchets déversés en Côte d'Ivoire et qui ont fait huit morts n'étaient pas toxiques. Dix personnes ont déjà été inculpées et emprisonnées à Abidjan, où des boues toxiques provenant des cuves d'un pétrolier, le Probo Koala, affrété par Trafigura Beheer BV, ont été déversées dans des décharges à ciel ouvert. Des milliers de personnes ont été intoxiquées après le déversement de ces déchets qui semblent renfermer, selon plusieurs experts, du sulfure d'hydrogène, un composé chimique qui est mortel à forte concentration. Trafigura dément ce résultat en affirmant que les examens conduits par un laboratoire néerlandais indépendant ne montrent aucune trace de sulfure d'hydrogène. Trafigura Beheer BV, contrairement à ce qui été publié dans la presse et par les différentes organisations intéressées sur la nature des déchets d'eaux de nettoyage du Probo Koala déchargés récemment en Côte d'Ivoire, a précisé « que les tests réalisés à son initiative démontrent une teneur toxique très faible, voire nulle dans les eaux de nettoyages. Aucun résultat d'analyse officiel n'étant disponible actuellement, il est probable que les résultats futurs offriront la même démonstration. » Trafigura Beheer BV a envoyé un échantillon des résidus incriminés au laboratoire indépendant Saybolt à Rotterdam. L'échantillon analysé provient d'un lot de 4 échantillons prélevés à l'appontement Petroci durant les opérations de déchargement des produits à Abidjan. Selon Trafigura les résultats des analyses effectuées par Saybolt sont les suivants : Mercaptan sulfuré – 380 mg / kg ; Hydrogène sulfuré <1 (en dessous du seuil de détection) ; Eau 450 mg / kg. Les résultats des analyses effectuées par des équipes françaises à partir d'un échantillon collecté aux abords de la décharge principale de la ville d'Abidjan ne montrent aucune trace d'hydrogène sulfuré se défend Trafigura. « Il est évident que d'autres analyses ont été faites par les autorités de la ville d'Amsterdam lors de l'escale du navire dans son port. Les résultats de ces analyses montreront eux aussi, lorsqu'ils seront publiés, l'absence d'hydrogène sulfuré. » Trafigura Beheer BV se dit confiant quant à publication des ces résultats et « constate que l'absence de résultats officiels retarde l'enquête menée par ses propres soins et entrave les actions que la Société s'efforce de fournir pour aider aux opérations de nettoyage des déchets. » Les déchets d'eaux de nettoyage, appelés par les autorités néerlandaises « eaux chimiques de nettoyages » (chemical slops) ont été désignés comme responsables de malaises et de décès parmi la population d'Abidjan, selon Trafigura. « Il a été relaté que ces déchets ont été répandus dans plusieurs décharges municipales de la ville. C'est la Compagnie Tommy, entreprise ivoirienne indépendante, spécialisée en avitaillement maritime, qui a été chargée du traitement de ces déchets. Elle n'a aucun lien avec Trafigura Beheer BV. La Compagnie Tommy a été recommandée pour cette opération par un agent local WAIBS, à Puma Energy, filiale de Trafigura Beheer BV. » Contrairement à ce qui a été publié, Trafigura Beheer BV « réaffirme qu'elle n'a pas agi de manière inconsidérée. Elle confirme que la composition des « chemical slops », soude caustique, eau et hydrocarbure, est un produit dérivé conforme aux normes maritimes de nettoyage des navires, composé d'un mélange d'eaux de nettoyage et de résidus d'hydrocarbure. » Pour elle, « les eaux de nettoyage du Probo Koala analysées sont en conformité avec les standards relevés dans l'industrie maritime et avec ceux encadrés par les lois internationales. Les sociétés d'avitaillement maritime dans le port d'Abidjan détiennent les autorisations légales pour les prendre en charge. Après les évènements tragiques survenus à Abidjan, Trafigura Beheer BV a immédiatement procédé à sa propre investigation et s'est engagé à offrir son soutien technique et financier aux autorités ivoiriennes et aux agences concernées afin d'établir les causes de la pollution et les moyens pour y remédier. » Une équipe d'experts a été composée et a accompagné la visite de Claude Dauphin, Président, et de Jean-Pierre Valentini, Responsable de la zone Afrique de l'Ouest de Trafigura Beheer BV. Ces deux personnes sont actuellement retenues en détention provisoire pendant la durée de l'enquête. Pour Trafigura dans son communiqué, « à l'heure qu'il est, la cause de la tragédie n'a pas été établie. Le débat actuel est alimenté de suppositions portant sur la composition chimique des résidus, tout particulièrement sur leur teneur en hydrogène sulfuré, et de ses conséquences. Les analyses effectuées par Trafigura Beheer BV ainsi que celles provenant d'une équipe française, montrent qu'aucune présence d'hydrogène sulfuré n'a été détectée dans les résidus chimiques (chemical slops). Ces résultats d' analyses nécessitent d'être confirmées de manière urgente. » U n haut responsable de Trafigura Beheer BV, Graham Sharp a déclaré que « la Société Trafigura est fière de sa réputation, de son éthique et de son activité. Nous sommes une entreprise responsable socialement et économiquement en conformité avec l'activité de cette industrie et les lois internationales dans les domaines du transport d'hydrocarbure et du traitement des déchets et nous appliquons strictement les procédures qualité ». « Nous sommes profondément déconcertés par les difficultés que nous rencontrons pour obtenir les résultats des analyses réalisées par les autorités néerlandaises. Cependant, nous envisageons tous les moyens pour obtenir leur publication. Il est troublant de devoir supporter ce retard qui entrave nos propres investigations et nous limite dans l'aide à apporter aux autorités de Côte d'Ivoire et aux institutions internationales afin de déterminer les causes de cette tragédie. Nous espérons obtenir très prochainement les informations nécessaires et ainsi, nous concentrer sur notre priorité, l'aide à la Côte d'Ivoire et à la population d'Abidjan qui se trouvent face à une situation extrêmement difficile. » a t-il ajouté. Parler d'éthique lorsque l'une de ses opérations industrielles, et ce à quelque niveau d'implication que ce soit de sa société, paraît déplacé dès lors que la santé d'autrui est mise en danger, sans parler des conséquences pour l'environnement : huit morts et des milliers de personnes malades … Evidement cela nous laisse un goût amer. Retrouvez toutes les actualités de l'environnement, du développement durable et de la santé du jour
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