Grippe aviaire les coûts économiques d'une pandémie mondiale - 06 juillet 2006 - 19:33 (Par Pierre Melquiot)

Grippe aviaire - Selon la banque mondiale, le virus hautement pathogène de la grippe aviaire (H5N1) a pris une ampleur mondiale au cours des six à neuf derniers mois. Après l'Asie de l'Est, il s'est propagé à 40 autres pays. Le nombre d'infections et de décès humains rapportés par l'OMS, est en hausse, depuis ces six derniers mois. En effet, le nombre de décès a plus que doublé, passant de 41 décès, en 2005, à 54 décès pour le seul semestre de 2006

La Banque mondiale estime qu'une pandémie de la grippe humaine d'origine aviaire pourrait causer une perte de 3,1% du produit interne brut mondial et coûter à l'économie mondiale,1,25 trillions de dollars américains, sur un PIB mondial de 40 trillions de dollars américains.


Grippe aviaire les coûts économiques d'une pandémie mondiale

Lors de la conférence internationale sur la grippe humaine d'origine aviaire, à l'Institut Pasteur à Paris, en France, M. Milan Brahmbhatt, économiste principal de la Banque mondiale pour l'Asie de l'Est a présenté un scénario pour le moins pessimiste. Il faut, toutefois, noter que ce scénario a été préparé par le Groupe des Perspectives économiques en matière de Développement de la Banque mondiale.

M. Brahmbatt a expliqué aux participants à la conférence que ce scénario «catastrophe» se base sur l'hypothèse d'un taux de mortalité de 1% (- ou 70 millions de personnes).

Selon lui, les pays en développement paient un tribut plus lourd aux pandémies, avec des taux de mortalité plus élevés et des pertes économiques représentant souvent le double de celles que subissent les pays développés.

M. Brahmbatt pense que l'impact de la grippe aviaire au niveau macroéconomique a été relativement faible dans la majorité des pays, parce que le secteur de la volaille ne représente qu'une infime partie de l'économie mondiale. Toutefois, «l'impact de la grippe aviaire sur le secteur de l'élevage de volailles a été assez significatif, en raison du taux de mortalité des volailles et de l'abattage des volatiles dans le cadre de la lutte contre la propagation de la maladie», poursuit-il.

« En dépit de cet impact assez faible au plan macroéconomique, il y a eu une baisse considérable de la demande en volailles à cause de la phobie des volailles chez les consommateurs (même s'il n'y a aucun danger à consommer de la volaille bien cuite). Cette situation a terriblement affecté les éleveurs de volailles », a-t-il ajouté.

Aux dires de M. Brahmbatt, en Roumanie, pays qui, à lui seul, a enregistré plus d'une centaine de foyers de grippe aviaire, au cours des derniers mois, les ventes de volailles domestiques ont chuté de 80%, conduisant de nombreux producteurs au bord de la faillite. En Irak, seules 10% des fermes semi commerciales seraient restées opérationnelles. La Turquie aurait également enregistré des pertes énormes. Il en est de même pour la France, l'un des plus grands producteurs de volailles dans la communauté européenne. Quant au Brésil, même si le pays n'a pas été touché par la grippe aviaire, la baisse de la demande mondiale et des prix de volailles a incité les plus gros producteurs à réduire leur production de 15 %, cette année.

Selon le Programme des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), plus de 200 millions de volailles sont mortes ou ont été abattues, depuis la fin de l'année 2003, surtout en Asie de l'Est, avec le Vietnam et la Thaïlande en tête de liste (ces pays y ayant perdu 15 à 20% de leur population de volailles).

M. Brahmbatt pense, tout de même, que la Thaïlande constitue un bon exemple de reprise, basé sur une bonne réaction des pouvoirs politiques. Ce pays est, en effet, le plus grand exportateur net de volailles en Asie de l'Est. Il a enregistré, en 2004, une baisse considérable de 40% du niveau de ses exportations de produits avicoles, frappés de restrictions. En effet, «avec le Vietnam, le pays a pris des mesures de contrôle strictes, permettant d'éviter de nouveaux foyers de grippe aviaire, au cours des six derniers mois. Les exportations de volailles non cuites ont été remplacées par celles de volailles cuites, qui ne sont pas concernées par les restrictions commerciales. Cette approche a permis de relancer les exportations l'année dernière. La consommation intérieure est également en train de reprendre, du fait de la confiance croissante des consommateurs aux produits cuits».

Pour lui, il est évident que ces épidémies ont eu plus d'impact sur les pauvres dans certains pays. Au Vietnam, par exemple, les ménages les plus pauvres dépendent trois fois plus des revenus de volailles que les ménages les plus riches.

Au Vietnam la majeure partie des volailles provient des élevages d'arrière-cour (en plein air). M. Brahmbatt a confié qu'au cours des discussions sur les stratégies à mettre en œuvre dans la lutte contre la grippe aviaire, il a tout simplement été décidé d'interdire la production de volaille d'arrière-cour. Mais à l'analyse, cette décision risque de réduire les revenus des pauvres de manière tout à fait disproportionnée.

M. Brahmbatt pense que, dans la lutte contre la grippe aviaire, il est nécessaire de procéder à une évaluation minutieuse des résultats des différentes stratégies mises en œuvre actuellement, afin de voir si elles répondent aux attentes

Il cite entre autres stratégies de lutte contre la grippe aviaire, l'abattage et la vaccination de la volaille. «L'une des questions en rapport avec ses stratégies porte sur le niveau d'indemnisation des éleveurs, car un taux trop faible pourrait décourager les éleveurs qui seraient enclins à ne pas coopérer, tandis qu'une indemnisation trop élevée pourrait les encourager à ne pas prendre de mesures biosécuritaires appropriées pour leurs volailles».

M. Brahmbatt est d'avis qu'il faille prendre des mesures à long terme pour renforcer les capacités institutionnelles, réglementaires et techniques, tout en améliorant les systèmes de détection et de surveillance précoce en santé animale et humaine.

«Même si nous venons à bout de la grippe aviaire, il y a d'autres maladies animales qui franchissent la frontière animale pour infecter les humains. En termes techniques, on les appelle zoonoses. Elles sont nombreuses et apparaissent de plus en plus. C'est dire que nous aurons à les gérer pendant quelque temps, d'où la nécessité pour nous d'avoir des institutions et des méthodes appropriées pour juguler ce problème», prévient-il.

«Et pour finir, je dirais qu'il y a un grand travail scientifique à abattre pour trouver de meilleurs médicaments, de meilleurs vaccins, de meilleurs antiviraux- et, même, produire ces produits plus rapidement et de manière moins onéreuse», car, « C'est seulement lorsqu'une pandémie se déclare, que nous y prêtons attention et que nous commençons à chercher le vaccin approprié. Habituellement, il fallait six à huit mois pour formuler le bon vaccin. Pendant ce temps, plusieurs personnes y auront laissé la vie. Tout cela représente beaucoup d'efforts», conclut-il.

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