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Living Planet Report 2026 : à quoi s'attendre

Living Planet Report 2026 : à quoi s'attendre

Par Julien P.

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Julien P.

En 1998, la toute première édition du Living Planet Report annonçait un déclin moyen de 30 % des populations de vertébrés sauvages suivies. Vingt-six ans plus tard, l'édition 2024 affichait 73 %. Entre les deux, quatorze rapports biennaux, publiés sagement les années paires, ont tenu la chronique d'un effacement silencieux ; et pourtant, à mi-2026, aucun successeur n'est encore paru.

Le Living Planet Report est attendu tous les deux ans depuis 1998, ce qui rendrait une édition 2026 plausible vers l'automne. Mais au moment où j'écris ces lignes, le WWF n'a annoncé ni date ni chiffre. Autant le dire d'emblée : tout ce qui circulerait comme donnée « 2026 » serait, pour l'instant, une invention. Le dernier point réel dont nous disposons reste celui d'octobre 2024. C'est à partir de lui, et de la courbe qui y mène, qu'on peut raisonnablement anticiper ce que dira la prochaine livraison.

Quatorze éditions, une courbe qui grimpe (et qu'on lit mal)#

J'ai reporté ces quatorze chiffres sur un graphique, par curiosité de statisticien du dimanche, et le tracé m'a moins rassuré qu'intrigué. 30 % en 1998, puis 33, 37, 40 % jusqu'en 2004 ; un reflux surprenant ensuite, autour de 28 % entre 2008 et 2012 ; enfin une envolée, 52 % en 2014, 60 % en 2018, 68 % en 2020, 73 % en 2024. En 2006, l'année où Une vérité qui dérange remplissait les salles, l'indice pointait encore à 33 %.

Une courbe pareille invite à conclure trop vite. Ce serait trop simple d'y voir un thermomètre unique dont la colonne monterait d'année en année : d'une édition à l'autre, l'échantillon suivi s'élargit, la méthode de calcul évolue, la fenêtre de mesure se décale. Ces pourcentages ne s'empilent donc pas comme les marches d'un escalier ; ils se recalculent à chaque fois. Le repli du milieu des années 2000 puis le bond de 2014 en disent autant sur la manière de compter que sur l'état réel du vivant.

Reste à rappeler ce que mesure vraiment le Living Planet Index, l'indicateur que la Zoological Society of London calcule pour le WWF. L'édition 2024 agrège 34 836 populations suivies, couvrant 5 495 espèces de vertébrés. Son résultat, -73 %, désigne le déclin moyen de la taille de ces populations entre 1970 et 2020 ; pas un nombre d'espèces éteintes, pas un pourcentage d'animaux « en moins » sur la planète. La confusion est si répandue qu'elle mérite un détour à part entière, et je renvoie ici à notre lecture détaillée de ce que le chiffre de -73 % dit et ne dit pas.

La nuance a son importance pour anticiper 2026. Selon Our World in Data, la moyenne géométrique du LPI est très sensible à une poignée de populations en effondrement : les rhinocéros noirs de Tanzanie ont perdu 96 % de leurs effectifs quand les éléphants du Botswana en gagnaient 67 %. Le -73 % agrège ces extrêmes ; il masque une réalité bien plus contrastée qu'un simple « tout s'écroule ». Paradoxalement, c'est cette sensibilité qui fait du chiffre à la fois une alerte utile et une cible facile pour ses détracteurs.

L'édition 2024, dernier point de données réel#

Derrière la moyenne mondiale, l'édition 2024 chiffrait des écarts considérables selon les milieux. L'eau douce s'effondrait le plus, à -85 %, contre -69 % en milieu terrestre et -56 % en milieu marin. Géographiquement, l'Amérique latine et les Caraïbes payaient le tribut le plus lourd, avec un recul moyen de 95 % depuis 1970, devant l'Afrique (-76 %). À l'autre bout, les régions les plus anciennement industrialisées, comme l'Amérique du Nord ou l'Europe, affichaient des reculs bien plus modérés, de l'ordre de 35 à 40 % selon les relais de presse du rapport.

Le rapport 2024 ne se contentait pas de constats biologiques. Il pointait un déséquilibre financier béant : environ 5 000 milliards de livres sterling orientés chaque année vers des activités dommageables à la nature, contre 150 milliards seulement fléchés vers des solutions favorables. L'ordre de grandeur, à lui seul, résume l'inertie du système.

Il insistait aussi sur les points de bascule. L'Amazonie y tenait la vedette : au-delà de 20 à 25 % de déforestation, la forêt basculerait vers un régime plus sec et difficilement réversible, alors qu'environ 17 % ont déjà disparu selon le WWF. J'ai croisé ces seuils avec les images satellites qui documentent l'assèchement amazonien, et la marge qui nous sépare du seuil se compte désormais en années, pas en décennies.

Ce que l'édition 2026 devra affronter#

Si un Living Planet Report 2026 paraît, il n'arrivera pas dans le même paysage intellectuel que ses prédécesseurs. Depuis 2024, la méthode même du LPI est ouvertement discutée. Une étude parue dans Nature Communications en juin 2024 (Toszögyová, Smyčka et Storch) soutient que la pondération et le traitement des séries temporelles courtes surestiment le déclin ; en corrigeant ces biais, la baisse calculée serait sensiblement plus faible que celle publiée. Sur ce point, j'avoue hésiter encore : l'objection est technique, sérieuse, et je n'ai ni les données brutes ni la compétence pour trancher entre les deux camps.

Le débat a pris une tournure plus large en 2026. Dans un billet publié en mai sur le site de la Royal Society, les chercheurs Stuart Pimm (Duke University) et John Gittleman (University of Georgia) contestent l'usage de métriques globales simplifiées, ces pourcentages uniques de déclin mondial qu'ils jugent peu représentatifs de réalités régionales très hétérogènes ; ils rappellent aussi qu'une partie des populations suivies se rétablit grâce à des politiques de conservation ciblées. Rien de tout cela ne nie le déclin réel du vivant, documenté sur d'innombrables populations ; l'enjeu porte sur la façon de le raconter.

C'est peut-être là que se joue la prochaine édition. Le WWF a construit une décennie de communication autour d'un chiffre-choc unique ; le monde scientifique lui demande désormais plus de granularité régionale et moins de dramaturgie agrégée. Ajoutons que le Living Planet Index reste l'un des indicateurs retenus par la Convention sur la diversité biologique pour suivre le Cadre mondial de Kunming-Montréal, dont la cible de financement vise au moins 200 milliards de dollars par an d'ici 2030. Un chiffre trop contesté perdrait de sa force devant les négociateurs ; un chiffre trop lissé perdrait son pouvoir d'alerte.

Alors, à quoi s'attendre ? Sans doute à un nouveau pourcentage, plus lourd que 73 %, présenté avec davantage de précautions méthodologiques qu'en 2024. Peut-être à des ventilations régionales plus fines, pour désamorcer les critiques. La vraie question n'est pas de savoir de combien la courbe montera encore ; c'est de savoir si nous saurons la lire pour ce qu'elle est, sans la surinterpréter ni la balayer d'un revers de main.

Sources#

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