Plan global de lutte contre le chikungunya - 10 février 2006 - 11:52

Un plan global de lutte contre le virus du chikungunya a été proposé par le gouvernement. Les ministères de la santé et de la solidarité, de l'outre mer et du tourisme ont présenté un plan de lutte global contre l'importante épidémie de chikungunya qui sévit actuellement sur l'île de La Réunion et dans l'Océan indien. Cette épidémie a débuté aux Comores en février 2005 pour atteindre la Réunion fin mars 2005. Après un premier pic épidémique en mai 2005, l'épidémie a repris en novembre dernier et elle connaît une recrudescence exponentielle depuis la mi-décembre. Plusieurs dizaines de milliers de Réunionnais, environ 10% de la population, ont contracté la maladie depuis le début de l'épidémie. Cette dernière progresserait actuellement au rythme de 20.000 nouveaux cas hebdomadaires. Apparue à Mayotte en mars 2005, l'épidémie de chikungunya s'y est réinstallée depuis janvier 2006 et progresse rapidement.

La maladie du chikungunya est transmise par les moustiques aedes qui se multiplient plus facilement pendant l'été austral. La maladie se concentre actuellement dans les zones urbanisées. La maladie du chikungunya se révèle pénible et souvent invalidante car elle provoque de fortes douleurs articulaires qui peuvent durer plusieurs mois. A ce jour il n'existe pas de vaccin ou de traitement curatif spécifique. Des cas de complication médicale et des formes graves, notamment neuro-méningées, ont été rapportés chez des personnes fragiles (personnes âgées, personnes atteintes de maladies chroniques) et des nouveau-nés suite à des transmissions materno-foetales. Un enfant aurait succombé suite la maladie du chikungunya en fin de semaine dernière.


Plan global de lutte contre le chikungunya

Un plan de lutte, mis en place sous l'autorité du préfet de la Réunion, a été régulièrement renforcé et augmenté de moyens supplémentaires délégués par le ministère de la santé à partir d'octobre 2005. Le 9 décembre, les ministres chargés de la santé et de l'outre-mer ont lancé une mission d'expertise coordonnée par l'Inspection générale des affaires sociales avec l'appui d'agences d'expertise nationales (AFSSET, InVS et IRD). Cette mission a rendu le 26 janvier dernier ses recommandations pour guider l'action de l'Etat en matière de surveillance épidémiologique, de lutte antivectorielle, d'information et de communication.

Pour le gouvernement, « face à l'explosion récente de l'épidémie, un renforcement de l'action s'est avéré nécessaire. Suite au déplacement sur place du Directeur Général de la Santé et du Directeur de l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), puis du ministre de la santé et des solidarités fin janvier, le gouvernement a adopté un plan de lutte contre le chikungunya qui comprend six axes :

Premier axe : La lutte contre le moustique

La préfecture de la Réunion a d'ores et déjà organisé 20 brigades de 15 hommes pour lutter contre le moustique. Il s'agit de déployer des moyens humains et matériels « exceptionnels complémentaires ». Ainsi le gouvernement annonce que :
- Les moyens en place seront considérablement renforcés dans les prochains jours : d'ici le 20 février, plus de 3.663 hommes seront ainsi engagés sur le terrain . 300 militaires et 77 cadres de la sécurité civile seront envoyés de métropole en renfort des équipes locales. Ils formeront des équipes associant les personnels de l'Etat, des personnels en contrats aidés des collectivités territoriales, les forces armées et la sécurité civile, sous l'entière conduite de l'Etat :

  • Forces armées de la zone sud de l'Océan indien : 252 personnes mobilisées contre la lutte antivectorielle et 42 personnes mobilisées pour l'encadrement et le soutien.
  • Militaires Métropole : 282 personnes mobilisées contre la lutte antivectorielle et 20 personnes mobilisées pour l'encadrement et le soutien.
  • 4è Régiment du service militaire adapté : 218 personnes mobilisées contre la lutte antivectorielle et 8 personnes mobilisées pour l'encadrement et le soutien.
  • Sécurité civile : 77 personnes mobilisées pour l'encadrement et le soutien.
  • Service départemental d'incendie et de secours : 108 personnes mobilisées contre la lutte antivectorielle et 25 personnes mobilisées pour l'encadrement et le soutien.
  • Conseil Général (contrats d'avenir) : 500 personnes mobilisées contre la lutte antivectorielle.
  • Conseil régional (emplois verts) : 840 personnes mobilisées contre la lutte antivectorielle et 54 personnes mobilisées pour l'encadrement et le soutien.
  • DRASS : 57 personnes mobilisées pour l'encadrement et le soutien.
  • Communes (emplois aidés) : 480 personnes mobilisées contre la lutte antivectorielle et 700 hommes mobilisés pour la médiation.

- Un nouveau protocole de lutte contre les moustiques a été élaboré par un expert de la « lutte anti-vectorielle », du Conseil général de la Martinique, spécialement dépêché sur place depuis le 31 janvier. Il prévoit des actions prioritaires d'élimination des gîtes artificiels de ponte (tout réceptacle d'eau de pluie), de traitement des larves et enfin de démoustication.
- Ce plan permettra d'intervenir systématiquement dans l'intégralité des 240.000 foyers concernés de l'île sur un mois et demi, en plusieurs passages. Ensuite, chaque nouveau signalement de cas déclenchera un traitement ciblé. Un passage hebdomadaire systématique est prévu dans les écoles le samedi, en l'absence des élèves.
- La lutte contre les moustiques est réalisée dans des conditions de protection sanitaire de la population et des intervenants : Les solutions de destruction mécanique des gîtes de larves seront privilégiées. Le choix des insecticides a été réévalué afin de minimiser les conséquences possibles sur la santé et l'environnement : il emploie notamment des larvicides biologiques tout en gardant un usage des différents produits habituels, afin d'éviter le développement de résistances. Le protocole d'emploi des insecticides intègre les recommandations de protection des personnes établies début février par le « réseau de toxicovigilance » coordonné par l'Institut de veille sanitaire et intégrant les centres anti-poison et l'agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail. Un responsable sanitaire et environnemental est placé auprès de la DRASS et du préfet.
- Un suivi est effectué en continu par la DRASS par des relevés entomologiques afin de vérifier l'efficacité des actions et d'ajuster éventuellement les traitements. Une surveillance sanitaire de la population et environnementale est organisée par l'Etat (DIREN, DRASS, DDCCRF et CIRE). L'Institut de veille sanitaire élabore un protocole de suivi des conséquences de l'emploi des insecticides. La médecine du travail exerce un suivi médical des équipes civiles intervenant sur le terrain, notamment en effectuant des analyses de cholinestérase chez les personnes ayant à manipuler des produits organophosphorés. Par ailleurs, le préfet a engagé en lien avec les collectivités une opération de salubrité de l'île . Il s'agit de supprimer les dépôts de déchets qui constituent des gîtes artificiels de moustiques : Des campagnes de sensibilisation des habitants ont commencé : leur implication personnelle est essentielle pour supprimer tous les réceptacles artificiels d'eau de pluie à proximité des maisons ; Le préfet a lancé un plan de ramassage et d'élimination des déchets, notamment des déchets verts, verreries, emballages et encombrants ; Le préfet a lancé une opération de résorption, d'ici fin février, des 200 décharges sauvages recensées sur l'Ile, avec un financement de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.

Deuxième axe : L'information de la population et des professionnels

- Un nouveau plan de communication a été élaboré par un expert de l'Institut de prévention et d'éducation pour la santé (INPES), envoyé à La Réunion du 17 au 20 janvier. Le plan prévoit une première phase sur les mois de janvier à mars et une deuxième pendant l'hiver austral : Une série de spots télévisés, radios, d'encarts presse et d'affichages informent, depuis janvier et jusqu'au 31 mars, les Réunionnais et les Mahorais sur la maladie (voies de contamination, effets de la maladie et prise en charge médicale), sur les moyens individuels de protection (moustiquaires, répulsifs…) et sur la manière d'éliminer les lieux de ponte à domicile. Les publics sensibles (personnes âgées, femmes enceintes et jeunes enfants) sont invités encore plus spécifiquement à se protéger. Une distribution spéciale de flyers a été faite dans les écoles à la rentrée le 6 février ; Les habitants peuvent poser leurs questions au numéro vert « chikungunya » (0800 110 000) qui fonctionne 7j/7 avec des horaires élargis (7h30-19h) à partir du 8 février. Des médecins seront associés à ce service ; Des publications professionnelles informent les professionnels de santé sur la prise en charge médicale : une édition spéciale du bulletin épidémiologique spécial de l'Institut de veille sanitaire a été publiée le 31 janvier et un document de synthèse « repères pour votre pratique » sera diffusé prochainement par l'INPES aux médecins ; Les voyageurs sont informés sur la maladie et les moyens de protection par les voyagistes, les centres de conseils aux voyageurs, le site Internet des ministères de la santé et du tourisme et celui de l'Institut de veille sanitaire.

Troisième axe : La prise en charge sanitaire et médicosociale :

- Le renforcement des capacités de prise en charge médicale : Les professionnels de santé fournissent actuellement un effort très important pour prendre en charge les malades. L'intensification de l'activité hospitalière a conduit fin janvier certains hôpitaux à s'organiser spécialement pour accueillir les malades du chikungunya. 65 lits supplémentaires ont été ouverts et 100 peuvent encore l'être en fonction des besoins. L'Etat soutient les professionnels de santé et souhaite prévenir toute difficultés dans l'organisation des soins par : l'appel à des équipes de renforts venues de métropole. Une rotation est organisée pour que 30 infirmières et 20 médecins soient présents en permanence en soutien des équipes locales. Un renfort se met en place pour Mayotte sur la base de 10 infirmières et 6 médecins ; l'envoi depuis le 30 janvier de matériel d'appoint, notamment pédiatrique, pour anticiper toute situation de pénurie de matériel médical ; des réunions des professionnels de santé organisées dans chaque sous-préfecture à partir du 6 février pour les informer le plus complètement possible sur la maladie et pour leur faire partager les expériences acquise dans la prise en charge des malades, et spécialement au sujet des femmes enceintes à l'approche du terme.
- Des actions spécifiques pour aider les personnes fragiles : personnes âgées isolées, en situations précaires, nouveau-nés : Le Conseil général et l'Etat organisent un soutien pour venir en aide aux personnes âgées isolées, aux personnes en situations précaires (ouvertures de centres d'accueil) et aux femmes enceintes. Des kits anti-moustiques leur sont distribuées. Des moustiquaires de berceau seront mis à disposition des parents de nouveaux nés à la sortie des maternités.

Quatrième axe : Le renforcement de la surveillance et le développement de recherches sur les maladies émergentes :

La surveillance épidémiologique bénéficie des renforts suivants :
- le réseau de « médecins sentinelles » a été élargi dès le 1er février à 45 médecins répartis dans toute l'île et chargés de signaler les cas de chikungunya ;
- la cellule interrégionale d'épidémiologie a été renforcée par un médecin épidémiologiste
- les capacités d'analyses biologiques installées à la Réunion tant pour les sérologies du chikungunya que pour la surveillance biologique des personnels de désinsectisation sont réévaluées régulièrement. Un expert entomologiste (spécialiste de la surveillance et de la lutte contre les moustiques) est missionné à La Réunion ces jours ci. Outre son assistance pour la mise en place des actions de lutte antivectorielle, il élabore un programme de surveillance des moustiques, et notamment de leurs résistances aux insecticides. La DIREN de la Réunion met en place un programme de surveillance environnementale de la faune et de la qualité des eaux afin d'identifier les éventuels impacts indésirables des insecticides et de les corriger. L'INERIS lui fournit un appui technique. La surveillance de la qualité des produits alimentaires est exercée par la DDCCRF.

Les ministères de la recherche et de la santé ont mobilisé les capacités nationales de recherche sur le chikungunya dans le but de travailler en particulier sur :
- la virologie . Ils ont fait appel à ce sujet au centre national de référence sur les « arbovirus » de Lyon et au laboratoire associé de l'Institut militaire de médecine tropicale du service de santé des armées à Marseille.
- le traitement de la douleur, la prise en charge des femmes enceintes et la connaissance des éventuelles formes atypiques de la maladie . En matière de recherche clinique et thérapeutique, les projets que développent les équipes hospitalières locales seront soutenues dans le cadre de l'axe « maladies infectieuses émergentes » du Programme hospitalier de recherche clinique du ministère de la santé. Des médecins de La Réunion préparent activement des propositions de recherche dans ce sens ;
- le moustique, vecteur de maladie , avec l'Institut de recherche et de développement (IRD) ;
- les maladies émergentes de manière générale : le ministère de la Recherche mobilise les organismes de recherche, INSERM, IRD, CIRAD, Institut Pasteur) et d'enseignement supérieur sur les maladies émergentes, en s'appuyant notamment sur le tissu scientifique régional. Dans quelques jours, une mission de trois chercheurs (en santé publique, virologie, et entomologie) se rendra à la Réunion. Ils rendront compte aux ministres de la recherche et de la santé des possibilités complémentaires de recherche.

Cinquième axe : Aspects économiques

Une circulaire commune du ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, du ministre de l'agriculture, du ministre du tourisme, donnera des instructions au préfet de la Réunion, pour mettre en oeuvre, en liaison avec le TPG, les mesures adaptées aux conséquences financières de l'épidémie de chikungunya : pour les activités touristiques notamment du fait des annulations de séjour ; pour les entreprises du secteur de l'industrie du commerce, de l'artisanat et de l'agriculture, en raison des arrêts de travail. Elles concerneront notamment, les suspensions et prorogations des plans d'apurement, les délais de paiement des dettes fiscales et sociales. Le préfet mettra en place en liaison avec les organisations professionnelles, les compagnies consulaires, un observatoire de la situation économique, afin de mesurer l'incidence de l'épidémie sur l'activité économique. La DDCRF effectuera des relevés de prix des matériels et produits nécessaires à la protection contre les moustiques. Enfin une campagne de promotion de l'île sera engagée dès la fin de l'épidémie.

Sixième axe : La coopération régionale

Ces épidémies d'arbovirus touchent simultanément plusieurs pays de la zone. La coopération régionale actuelle en matière de santé sera élargie à ces maladies émergentes. Elle concernera la surveillance et l'alerte sur ces maladies, la protection des pays indemnes et le partage d'expérience entre les pays. Le ministère des affaires étrangères prendra l'attache, en lien avec le ministère de la santé, des pays de la Région pour lancer ces coopérations. Le ministère de la santé a saisi l'organisation mondiale de la santé le 28 janvier sur le chikungunya afin de mobiliser le niveau international à cette question majeure de santé publique.

Vous aussi réagissez sur les actualités de l'environnement, du développement durable et de la santé !

Lire aussi sur ce sujet :

Réagir à cet article, donner son opinion ?
Cliquer ici
Recevoir la newsletter de l'environnement ?
Cliquer ici
Lire tous les articles liés à cette thématique ?
Cliquer ici

Tous les lundis, les actualites condensées de l'environnement

Actualités en environnement écologie et développement durable

Actualités news environnement avec les informations et les nouvelles en environnement et le journal de l'écologie avec les nouveautés du développement durable.

Le journal gratuit des actualités de l'environnement, de l'écologie et du développement durable.
Sans encre ni papier pour préserver au mieux l'environnement.



Mentions légales | Nous contacter | Qui sommes-nous ? |  Flux RSS
Chiffres-clé | Recommander ce site | Avis de nos lecteurs | Liens sur internet


  Actualités et News de l'environnement Actualités quotidiennes en environnement développement durable et santé : plus de 17.500 abonnés reçoivent la lettre des actualités hebdomadaires gratuites de l'environnement. Plus de 2.200.000 visiteurs uniques en 2007.

S'inscrire à la Newsletter gratuite
L'avis de nos lecteurs
Envoyer un communiqué de presse


Publicité


Forum : à vous la parole ! Vous souhaitez réagir à un article, ouvrir le débat sur un thème qui vous est cher...

> Participez au forum de l'environnement


Partenaires des actualités de l'environnement. LesNewsdunet
. Paradis Web
. Mon Environnement
. NextNews...

Tous les partenaires d'Actualités News > ici


© RecyConsult / 2000 - Enregistré à la CNIL n°893989
  recyconsult.png, 2 kBTous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites sur cette page (contenus, photos, logos .) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par RECYCONSULT. Aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de RECYCONSULT.
Les sites du réseau
Portail-environnement.com
. Actualités
. Annuaire
. Dictionnaire
. Emploi / stage
. Enfants
. E-formation
. Forum
. Guides techniques
. Librairie
. Liens Internet
. Management SME
. Management SMI
. Management SMSST
. Référencement
. Réglementation
recherche