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Le virus Chikungunya met à mal l'île de La Réunion - 27 janvier 2006 -10:18
L'épidémie du virus Chikungunya continue à se répandre sur l'île de La Réunion. Cette infection bénigne transmise par les moustiques atteint chaque semaine plus de 2.000 personnes. Quatre décès pourrait être imputés, selon la presse locale, au virus Chikungunya. Le virus Chikungunya, signifie en swahili « marcher courbé » en raison des fortes douleurs articulaires qu'il provoque. C'est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes qui circule surtout en Afrique de l'Est, en Asie du Sud-est et dans le sous continent indien. Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît avec association d'importantes douleurs articulaires et musculaires qui touchent les extrémités des membres, des céphalées et, parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes peuvent survenir, surtout chez les enfants. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d'anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs. L'évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Le virus transmis par le moustique a déjà touché près de 5 % de la population de l'île. Hier, le rectorat a reporté la rentrée scolaire d'une semaine.
Le virus Chikungunya a circulé dans la région sud ouest de l'Océan Indien depuis le début de l'année 2005, avec en particulier des foyers épidémiques identifiés aux Comores, à Maurice, à La Réunion et à Mayotte. Devant le risque d'importation de cas d'infections à Chikungunya à La Réunion en provenance des autres territoires de la région, un système de vigilance a été instauré dès mars 2005 avec notamment un système de surveillance spécifique, le dépistage actif des cas suspects dans l'entourage des cas signalés, l'identification et le traitement des foyers de transmission (démoustication) par le service de lutte antivectorielle, ainsi qu'une information des professionnels de santé. Pour l'Invs, entre le 28 mars et le 8 janvier 2006, 7.122 cas de Chikungunya ont été recensés par le système de surveillance à la Réunion, dont 2.147 confirmés biologiquement. Il s'agit pour la quasi-totalité de personnes contaminées localement et non de cas importés. La majorité des cas sont survenus dans les villes de Saint-Denis (19 %), du Port (16 %), Saint-Louis (17 %), Saint-Paul (11 %) et Saint-Pierre (12 %). Dans les faits ce pourrait être, de source officielle, de plus de 10.000 personnes qui auraient été affecté par le virus Chikungunya. D'après l'Invs, depuis le début de l'épidémie à La Réunion, la maladie a connu 4 phases successives de transmission :
Mais la tension monte sur l'île de La Réunion avec l'annonce par la presse locale de quatre décès par cette infection réputée bénigne. Pour Jean-Louis Solet, ingénieur à la Cellule interrégionale d'épidémiologie, «Nous avons mené récemment une enquête à partir des certificats de décès. Sur quatre des certificats examinés, Chikungunya était mentionné. Dans trois cas, il s'agissait de personnes de plus de 80 ans, souffrant de maladies chroniques lourdes, et, dans un autre cas, d'une femme de 48 ans, malade également.» . D'après l'Invs, au 12 janvier 2006, aucun cas mortel d'infection à Chikungunya n'avait été rapporté. Le ministère de la Santé et celui de l'Outre-Mer ont d'ailleurs annoncé le 24 janvier dans un communiqué avoir débloqué un million d'euros pour faire face à cette situation exceptionnelle. L'Association des médecins urgentistes de France (AMUHF) a réclamé jeudi dernier une réunion de crise au ministre de la Santé Xavier Bertrand, jugeant urgent d'agir face à l'épidémie de chikungunya. « Ce département de la France doit avoir tous les moyens pour faire face à une épidémie jamais atteinte », explique l'AMUHF dans un communiqué faisant référence aux services d'urgence saturés. Pour l'association, « il est urgent d'agir et de dépêcher des renforts sur place ». Pour l'Invs, l'évolution de la courbe épidémique dépendra notamment des mesures individuelles et communautaires d'élimination des gîtes larvaires autour des lieux de vie (eaux stagnante dans les soucoupes de pots de fleur, vases, seaux, pneus usagés, ...). Au 12 janvier, d'après l'Invs, la surveillance de la maladie à La Réunion a permis de détecter, parmi l'ensemble des cas recensés depuis le début de l'épidémie, 20 formes graves (13 nouveaux nés et 7 adultes) qui ont conduit à une hospitalisation dans un service de réanimation. Parmi les 13 nouveaux nés, 9 ont présenté des tableaux de méningo-encéphalite. La transmission materno-fœtale est probable pour 10 de ces 13 nouveaux nés, alors que pour les 3 autres cas, une contamination par piqûre de moustiques est très vraisemblable. Les analyses de confirmation de ces formes graves sont réalisées au Centre national de référence des arbovirus (CNR) en métropole. Les autres cas mentionnés sont encore en cours d'investigation. L'évolution a été favorable à ce jour pour l'ensemble de ces formes graves. Au 26 janvier, suite à la mission d'évaluation de la situation par une équipe dépêchée sur place par le ministre de la santé et des solidarités et le ministre de l'outre-mer avec pour objectif :
l'Invs déclare dans un communiqué « qu'il y a persistance de foyers actifs malgré la fin de l'hiver austral ce qui indique que les efforts déployés par le service de lutte anti-vectorielle de la DRASS et les mesures de prévention n'ont pas permis d'éradiquer le virus Chikungunya lors de ce premier épisode épidémique. » La mission, dans son rapport, précise qu'il est nécessaire de mettre en œuvre des moyens supplémentaires de dépistages, d'accompagnement des malades, de lutte antivectorielle, de communication auprès de la population, …, pour « corriger certaines insuffisances de fonctionnement et pour adapter le dispositif à la probable recrudescence de l'épidémie ». La mission précise que « Il est vraisemblable que l'île de La Réunion connaîtra des épisodes endémiques ultérieurs. » Cette mission a été menée par Gilles DUHAMEL, membre de l'inspection générale des affaires sociales (IGAS), Dominique GOMBERT du département d'expertises intégrées de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET), Christophe PAUPY, entomologiste médical de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), et le docteur Isabelle QUATRESOUS du département international et tropical de l'Institut de veille sanitaire (InVS). Il n'existe pas de vaccin ou de traitement préventif contre l'infection à Chikungunya. Les mesures de contrôle reposent sur les efforts couplés de lutte antivectorielle et de lutte communautaire afin d'éliminer les gîtes de moustiques. Des mesures de prévention individuelle contre les piqûres de moustique doivent être prises de façon quotidienne : spray et crèmes, diffuseurs électriques, serpentins, vêtements longs et moustiquaires, … Le moustique vecteur pique la journée, essentiellement à l'extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée.
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