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ITER - Scepticisme après l'enthousiasme ... 18 juillet 2005

Lire aussi : ITER - Résultats de longues négociations ... 04 juillet 2005

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Après l'enthousiasme suite à la décision d'implanter le projet ITER sur le site de Cadarache (dans les Bouches-du-rhône), le 29 Juin 2005, certaines questions subsistent.

Plusieurs scientifiques manifestent leurs doutes quant à l'investissement de 10 milliards d'euros sur trente années partagés entre l'Union européenne, la Chine, la Corée du Sud, les États-Unis, le Japon et la Russie.

Est-il nécessaire, pour un résultat que certaines jugent incertain, de mettre à sec les crédits d'autres programmes ?

"Il faut une singulière dose d'optimisme pour imaginer que l'utilisation industrielle de la fusion mettra moins de cinquante ans pour être disponible", estime le physicien Edouard Brézin, président de l'Académie des sciences. "Les obstacles ne doivent pas arrêter la recherche, poursuit-il. Mais l'épuisement des ressources fossiles et surtout le réchauffement climatique sont des problèmes urgents. Les mesures à prendre sont immédiates et ITER ne doit surtout pas servir d'alibi". Et de souhaiter "que les décisions en matière d'énergie ne soient plus simplement le fait de groupes de pression attachés à la seule réussite de leur filière".

L'ancien ministre de la recherche Claude Allègre n'approuve pas l'idée d'un "projet de prestige" qui "offre peu de chances de réussite". Le prix Nobel de physique de 1991, M. Pierre-Gilles de Gennes, ainsi que le prix Nobel japonais de physique de 2002, Masatoshi Koshiba, restent également sceptiques quant à l'efficacité du projet ITER.

ITER produira-t-il de l'électricité ?

La machine construite à Cadarache est définie comme un outil de recherche dont la principale mission est de démontrer " la faisabilité scientifique et technique de la fusion thermonucléaire ". La production d'électricité n'est donc pas le principal objectif. Dans le cas où le projet ITER aboutirait à des résultats concluants, le réacteur DEMO (DEMONSTRATION), considéré comme le successeur d'ITER, verrait le jour au Japon (selon l'accord conclu entre l'Archipel et l'Union européenne) entre 2025 et 2035. Donc ce n'est qu'à partir de l'année 2050 que la première génération de réacteur à fusion industriel verra le jour.

Maîtrise-t-on la production d'énergie par fusion thermonucléaire ?

Sur le principe de la fusion thermonucléaire, les militaires sont arrivés, jadis, à fabriquer des bombes nucléaires (bombe H). Mais voilà 50 années que les scientifiques tentent par tous les moyens d'utiliser la fusion thermonucléaire à des fins civiles sans obtenir de résultats pouvant laisser penser que ce procédé n'est pas totalement réalisable. En résumé, au jour d'aujourd'hui nous ne maîtrisons de manière rentable la production d'énergie par fusion thermonucléaire.

Dispose-t-on de matériaux suffisamment résistants ?

"On nous annonce que l'on va mettre le Soleil en boîte. La formule est jolie. Le problème, c'est que l'on ne sait pas fabriquer la boîte", observe le physicien Sébastien Balibar de l'Ecole normale supérieure de Paris. Les réactions de fusion s'accompagnent de l'émission de neutrons de très haute énergie (14 millions d'électrons-volts (MeV)), comparée aux réactions de fissions nucléaires ou encore aux réactions produites au sein des réacteurs à neutrons rapides (Phénix). Ces neutrons traversent les parois internes du réacteur qui risquent de se dégrader progressivement par un double phénomène : le déplacement de leurs atomes sous l'effet du bombardement neutronique et la production, en leur sein, d'hélium susceptible de former des bulles. "On ne connaît, à l'heure actuelle, aucun matériau qui résiste longtemps à une telle irradiation", souligne Sébastien Balibar. Afin de déterminer la structure des matériaux nécessaire au projet ITER, des études sont menées sur DEMO ainsi que sur le Ifmif (International Fusion Materials Irradiation Facility), machine proposée au Japon en contrepartie d'ITER.

Les matériaux utilisés pour le projet de fusion thermonucléaire

Le projet ITER fonctionnera sur la base de deux composés chimiques : le deutérium et le tritium.

Pour le deutérium, que l'on peut trouver dans l'eau de mer (environ 30 grammes de deutérium par mètres cube d'eau de mer obtenus par distillation ou électrolyse), les réserves sont estimées à plusieurs millions d'années.

Par contre le tritium, n'existe dans la nature qu'à l'état de traces atmosphériques. Il est possible d'en obtenir par le biais du lithium que l'on trouve en abondance dans la croûte terrestre où les réserves sont évaluées à deux mille ans.

Même si le deutérium et le lithium ne sont pas radioactifs, pour le tritium la situation est totalement différente dans la mesure où quand on l'introduit au premier démarrage du réacteur, puis produit in situ à partir du lithium, le tritium est un élément très radioactif.

Quant à la réaction en elle même, la fusion thermonucléaire, même si jusqu'à aujourd'hui les multiples essais de fusion thermonucléaires n'ont pas donné de résultats concluants, il s'agit vraisemblablement d'une réaction que l'on peut considérer comme sûre car le principe de fonctionnement du réacteur à fusion thermonucléaire exclut tout risque d'emballement (et des catastrophes de type Tchernobyl). L'entretien de la réaction exige un plasma très pur et à très haute température (qui reste un défi puisque lors de la fusion, au cœur du réacteur, la température sera de 100 millions de degrés).

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