Pendant que le Pape Benoît XVI célèbre une messe géante en plein air au stade Amadou Ahidjo dans la ville de Yaoundé jeudi matin, la pièce maîtresse de sa visite au Cameroun, la fondation AIDS Healthcare Foundation (AHF) a critiqué le Pape pour la maladresse de sa déclaration selon laquelle les préservatifs n’étaient pas la solution à l’épidémie du SIDA, mais faisaient au contraire partie du problème.
Parmi les nombreuses remarques qu’il a fait à un groupe de journalistes à ce sujet plus tôt dans la semaine lors de son voyage vers l’Afrique pour sa première visite officielle sur le continent africain depuis sa désignation à la papauté, le Pape Benoît a déclaré que le SIDA « … était une tragédie que l’argent seul ne peut pas résoudre et pas davantage la distribution de préservatifs qui au contraire aggrave les problèmes ». Nombreux sont ceux qui restent choqués face à de telles affirmations.
La ministre de la santé Roselyne Bachelot s'est dite "catastrophée" par les propos "irresponsables" du pape sur le sida, et a rappelé que le préservatif est "le seul et unique moyen de prévention" de cette maladie "dont on ne guérit pas". "Il faut rappeler des choses d'évidence : que le sida est une maladie dont on ne guérit pas et que la seule mesure de protection reste le préservatif", a dit la ministre. "Tous les propos qui peuvent jeter le trouble et inciter à ne pas utiliser cette mesure de précaution, y compris dans nos pays, est un contresens absolu en matière de santé publique et un mauvais coup fait à notre jeunesse", a-t-elle martelé. Affirmer, comme le pape l'a fait, que le préservatif contribuerait à augmenter l'épidémie du sida, "c'est une contre-vérité scientifique absolue".
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Les propos du Pape sur les causes du Sida choquent plus d’un. Le commentaire du Pape selon lequel les préservatifs alimentent l’épidémie du SIDA est accablant. |
Elle a souligné que son ministère consacrait "plusieurs dizaines de millions d'euros" à des campagnes de prévention et de promotion de l'usage du préservatif auprès des jeunes.
"On imagine les ravages de ces déclarations", qui constituent "un mauvais coup porté a la santé publique et aussi à la promotion des femmes et à leur liberté", a dit la ministre, qui a souhaité que la communauté chrétienne "tienne un discours de responsabilité vis-à-vis des jeunes".
« Les gouvernements sont tenus de suivre les preuves scientifiques pour mettre en place des politiques de santé publique efficaces afin de combattre le SIDA et ne pas se fonder sur des convictions religieuses comme celles que promeut le Pape Benoît », a déclaré le Docteur Jorge Saavedra, le responsable des affaires mondiales pour AIDS Healthcare Foundation, qui a également occupé précédemment le poste de directeur général de CENSIDA, le centre national mexicain pour la prévention et le contrôle du VIH/SIDA, pendant plusieurs années.
« Un jour, dans une centaine d’années, peut-être, l’Église catholique présentera ses excuses pour ce genre de déclarations, de la même façon qu’elle l’a fait plusieurs centaines d’années après l’Inquisition et une cinquantaine d’années après l’Holocauste. »
Face à de tels propos d’une personne ayant autant d’influence, on peut se demander si les innombrables efforts depuis des décennies contre cette maladie ne sont pas à la limite de l’anéantie.
« Certains gouvernements, ainsi que certaines familles, vont suivre la directive du Pape et des gens vont littéralement mourir en laissant encore davantage d’orphelins. Ce n’est certainement pas le projet de Dieu », a déclaré Terri Ford, le directeur général de la politique mondiale pour la fondation AHF. « En tant que chef de l’Église catholique, le Pape Benoît XVI a certainement le droit d’exprimer son opposition à l’utilisation de préservatifs pour des raisons morales, mais lorsqu’il dénature délibérément les conclusions de scientifiques reconnus et respectés dans le monde entier quant à l’efficacité des préservatifs pour ralentir la propagation du virus du SIDA, il génère des obstacles inutiles à la lutte mondiale contre l’épidémie, et des gens en mourront. Il faut rappeler au Pape que ce type de déclarations a un coût en termes de vies humaines. »
« Le Pape devrait proposer des solutions constructives en prise sur le monde réel à l’épidémie mondiale du SIDA et ne pas nous détourner de l’outil de prévention le plus efficace dont nous disposons aujourd’hui : le préservatif », a déclaré Whitney Engeran-Cordova, la directrice de la division de santé publique de AIDS Healthcare Foundation.
« Le plus grand facteur de risque d’infection par le VIH pour une femme africaine aujourd’hui est simplement d’être mariée. Les préservatifs ne coûtent que la modique somme de trois centimes pièce. Si le Vatican veut vraiment participer à la lutte mondiale contre le SIDA, il devrait proposer des contributions et des solutions plus constructives. Pour ceux d’entre nous qui se battent au quotidien contre le SIDA, il est tout à fait impossible de se fonder sur un mode de pensée aussi rétrograde pour gérer cette épidémie du 21e siècle. »
La fondation AIDS Healthcare Foundation (AHF) est le plus important fournisseur de services de santé à but non lucratif contre le VIH/SIDA des États-Unis. La fondation AHF prodigue actuellement des soins et/ou des services médicaux à plus de 97 000 personnes dans 20 pays aux États-Unis, en Afrique, en Amérique latine, aux Antilles et en Asie.