L’année 2008 a consacré la place de la récupération et du recyclage dans le développement durable, selon Revipap dont nous vous livrons ci-après le bilan 2008 sur la récupération et le recyclage des papiers cartons en 2008.
Après que l’Union Européenne a décidé d’une politique visant à construire une société de recyclage, le rôle capital du recyclage dans une perspective de développement durable, dont la gestion des ressources naturelles constitue un pilier essentiel dans un monde où la croissance de la population donc des besoins pose question, est enfin reconnu.
La Directive Européenne Déchets, votée à la fin de l’année, a consacré la priorité du recyclage reconnaissant ainsi que la réutilisation de la matière était essentielle à une économie circulaire où les produits usagés sont transformés en ressources matière assurant à celle-ci une durée de vie utile optimale.
 |
Revipap livre le bilan 2008 de la récupération et du recyclage des papiers cartons, estimant nécessaire un dispositif global qui permette à notre économie de tirer pleinement profit de la construction d’une société de recyclage.  |
Les discussions et conclusions du Grenelle de l'environnement ont consacré cette vision, désormais universellement partagée, et fixé des objectifs clairs pour le recyclage, créant de ce fait, un appel à la mobilisation des “gisements“ inexploités.
Le travail accompli, sous la direction de l’ADEME, visant à proposer une stratégie nationale du recyclage, devrait trouver rapidement toute sa place dans les politiques publiques.
Dans ce contexte, les évènements soudains de la fin de l’année 2008 ne doivent pas remettre en cause les orientations et décisions précédentes. Ils doivent au contraire éclairer la réflexion d’un dispositif global qui permettra à notre économie de tirer pleinement profit de la construction d’une société de recyclage.
Les résultats provisoires montrent que les quantités de papiers-cartons récupérés (récupération apparente) devraient sans doute atteindre les 6 900 KT en 2008, soit une baisse d’environ -2,6 %.
Dans ces conditions, le taux de récupération pourrait atteindre 64,3 %, confirmant la tendance croissante observée depuis 1997, même si 2007 avait semblé marquer une pause.
Même s’il faut relativiser l’évolution de cet indicateur, dont la signification a été affectée par la mondialisation des échanges, il n’en reste pas moins que l’accroissement de la performance du système de récupération et de ses entreprises ainsi que la généralisation de la collecte sélective sous l’influence de la REP, ont permis à la France de figurer désormais dans le peloton de tête des pays européens en ce qui concerne la récupération et le recyclage.
Des progrès restent possibles et la mobilisation du gisement graphique, en particulier celui présent dans les bureaux, est nécessaire, sachant que la France se situe tout juste à l’équilibre pour les sortes concernées.
L’année 2008 a vu un recul sensible du recyclage des produits récupérés en France. Le recyclage stricto sensu, c’est-à-dire la réutilisation industrielle de la matière constitutive des produits usagés, a fléchi en France en 2008 (-4,6 %) sous le double effet du ralentissement économique européen et mondial d’une part et de la disparition à mi-année de capacités de désencrage du fait de la défaillance d’un groupe papetier.
Après avoir été affectées les années précédentes par la restructuration industrielle du secteur emballage, qui consomme majoritairement des sortes dites ordinaires (emballages usagés pour l’essentiel), les capacités françaises de recyclage ont été touchées par de nouvelles fermetures en 2008, en particulier dans le désencrage, alors même que la progression du “recyclé“ n’est pas en cause comme en témoigne le taux d’utilisation (60,2 % contre 60,3 % en 2007).
La part relative de l’industrie française en Europe s’est réduite alors que celle de l’Allemagne, bénéficiant d’aides d’Etat, s’accroissait significativement. L’Allemagne, qui était le fournisseur de l’Europe en papiers-cartons récupérés, est devenue en 5 ans importateur net et principal fournisseur européen, en particulier dans l’emballage, de papiers et cartons recyclés.
Dans ces conditions, la position exportatrice nette de la France s’est renforcée en 2008.
Devenue excédentaire en 2003, la balance commerciale pourrait, selon les premières estimations, encore avoir accru son excédent (composé des trois familles de sortes) d’environ 91 000 tonnes (soit une progression de +8 %). Celui-ci est essentiellement dû aux sortes ordinaires (qui représentent environ 91,2 % du total de cet excédent) sachant que le “gisement“ de ces sortes est, pour une part croissante, alimenté par les emballages produits hors d’Europe, ceux des importations de biens manufacturés en Chine ou en Asie.
En 2008, la balance des sortes à désencrer (2ème poste significatif de la balance) devrait être enfin équilibrée voire légèrement positive mais ceci est essentiellement dû à la disparition d’un groupe papetier en cours d’année.
La France continue d’être une plateforme d’échanges : elle est à la fois, compte tenu de sa position, un exportateur important (2 171 KT) et un importateur significatif (948 KT).
Les flux vers l’Asie (environ 6,87 % du total récupéré) auraient apparemment marqué le pas, conséquence de la situation de l’industrie papetière chinoise.
L’Espagne reste la grande destination d’export et l’Allemagne, malgré sa situation nouvelle, demeure la première source d’importation.
La France n’a pas encore tiré parti, à ce jour, de cette nouvelle disponibilité en produits récupérés et ne bénéficie donc pas complètement des efforts de mobilisation qui ont été consentis par les différents acteurs de la chaîne. La position de plateforme d’échanges entraîne même paradoxalement le fait que l’approvisionnement de ses usines peut être parfois plus difficile que celui de ses concurrents.
L’année 2008 a été celle d’un brutal retournement de la situation des marchés. Après un premier semestre à l’image de celui des années précédentes, marqué par des tensions récurrentes à partir de février, suivi d’un début de détente en mai, à l’exception des sortes à désencrer, le tout se traduisant par de nouvelles hausses de prix des produits récupérés, la rentrée a été marquée par un brutal retournement de situation amorcé par un retrait des acheteurs asiatiques, accéléré par le fléchissement de l’activité des usines, contraintes d’ajuster la production à une demande en fort recul du fait du ralentissement économique général lié à la crise financière mondiale.
Les prix se sont brutalement repliés, retombant à des plus bas historiques en fin d’année.
Dans ce contexte critique, les engagements, en particulier à l’égard des collectivités territoriales, ont été tenus et l’écoulement des produits collectés et triés a été assuré par les différents partenaires, illustrant l’efficacité mais aussi la nécessité de ces dispositifs dans la perspective de construction d’une société de recyclage en Europe.
L’année 2008 aura donc été une année à deux visages : celui des marchés des matières premières euphoriques sous l’effet d’une demande mondiale, en particulier asiatique, soutenue, avec un développement conforme à ceux observés dans les années précédentes et celui de l’effondrement face à une demande asiatique quasi-interrompue et des réductions de production en Europe imposées par le recul de la demande.
C’est aussi une année qui, au delà des difficultés conjoncturelles, est riche d’enseignements et constitue un révélateur. Si la France et l’Union Européenne veulent construire une société de recyclage, il faut organiser la chaîne du recyclage en la plaçant au service de cette ambition, de telle sorte que nos économies en retirent le maximum de profit et pour cela créer les conditions de son développement régulier et harmonieux sur l’ensemble de la chaîne.