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La grande crise … pour l’environnement ? 
La grande crise … pour l’environnement ?La grande crise … pour l’environnement ?
La grande crise … pour l’environnement ? La grande crise du siècle a commencé à se manifester il y a maintenant 2 ans, et à défaut de pronostiquer sa fin, c’est l’occasion de faire le point de son impact sur l’environnement.

Personne n’a vraiment eu le cœur de fêter le deuxième anniversaire de notre grande crise du siècle. La grande crise a pourtant commencé à se manifester il y a maintenant 2 ans, et à défaut de pronostiquer sa fin, c’est l’occasion de faire le point de son impact sur l’environnement.

 

On peut considérer que c’est seulement il y a quelques mois que les ménages français ont commencé à sentir concrètement les effets de la crise : baisse de la consommation en produits manufacturés en avril 2008, augmentation des saisies immobilières signalée en septembre, crainte des petits épargnants relevé en octobre, puis recul des crédits immobiliers notés en novembre. Sans oublier la crise pétrolière de l’été, mais qui n’est pas, à proprement parler, à mettre sur le compte de cette crise économique.


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Pourtant, les observateurs s’accordent à dater les débuts de notre grande crise dés février 2007, date des premières faillites d'établissements bancaires spécialisés, faillites engendrées par la multiplication des défauts de paiement de subprimes aux Etats-Unis. La crise économique a alors pu diffuser partout sur le globe, à la vitesse d’ailleurs où les capitaux s’échangeaient jusque là dans le meilleur des mondes possibles.

 

La grande crise … pour l’environnement ? La grande crise du siècle a commencé à se manifester il y a maintenant 2 ans, et à défaut de pronostiquer sa fin, c’est l’occasion de faire le point de son impact sur l’environnement.

 

Depuis ces premiers événements, qu’en est-il des conséquences pour l’environnement, tant au niveau de l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre (qui est devenu ces mois-ci l’indicateur par excellence du volontarisme politique) que de la bonne gestion de nos ressources naturelles, ou encore des changements de comportements nécessaires à la gestion de la crise énergétique actuelle ?

 

Premièrement, il faut bien reconnaître que ce qui effraie tant et tant nos prévisionnistes économiques, gouvernements et média, à savoir la déprime économique voire la récession, est plutôt favorable à la préservation de notre environnement.

 

Les deux exemples cités par Hervé Kempf dans le monde daté du 21 octobre 2008, que sont le trafic aérien qui ralentit et les ventes d'automobiles qui diminuent, lui font affirmer que cette « contraction de l'activité économique devrait mécaniquement réduire les émissions de gaz à effet de serre ». Il cite également « le ralentissement de l'immobilier [qui] va freiner l'étalement urbain » et « des projets d'infrastructures détruisant des écosystèmes naturels [qui] pourraient être remis en cause du fait de leur mauvaise rentabilité » ; ou encore, citant Carlos Minc, le ministre brésilien de l'environnement : « le cours du soja chute et la réduction du prix des matières premières va réduire la pression sur la forêt ».

 

C’est également l’avis qu’émettait Benjamin Grebot, du mouvement politique Utopia : « s'il y a récession et ralentissement de la production, cela permettra une moindre pression sur l'environnement ». Nicholas Stern avait déjà envisagé cette solution dans son rapport « The economics of climate change » (2006) en précisant qu’il est bénéfique d’anticiper et de gérer ce ralentissement économique plutôt que de le subir, ce qui a souvent des conséquences fâcheuse. C’est précisément le cas aujourd’hui.

 

Ce mécanisme subit était repris plus récemment et de façon optimiste par Marthinus van Schalkwyk, ministre de l'Environnement et du Tourisme de l'Afrique du Sud (rapporté par Jérôme Bouin le 28 janvier 2009 sur lefigaro.fr) à l’occasion du forum social de Davos. Il considérait que « la crise peut être une opportunité pour la lutte contre le réchauffement climatique car elle met la pression sur les dirigeants internationaux, plus spécialement les hommes politiques mais aussi les chefs d'entreprises et les membres de la société civile ; (…) cette crise met la pression sur certains acteurs qui, on le sait bien, ne réagissent que quand ils sont sous pression. Sur un sujet tel que les changements climatiques, les responsables politiques ne peuvent plus ignorer ces pressions ».

 

La récession a aussi un effet direct sur la recherche d’économie par les états notamment qui vont chercher sans doute bien malgré eux à appliquer le concept d’éconologie, c’est-à-dire la mise en place de processus à la fois respectueux de l'homme et de son environnement apportant une rentabilité économique rapide. C’est l’avis que Christine Lins, secrétaire générale du Conseil Européen des Energies Renouvelables, donnait en octobre 2008 : « les investisseurs publiques vont se tourner vers des énergies renouvelables et des études énergétiques ; ce sont des investissements dont les coûts sont inférieurs à ceux des infrastructures d’énergies conventionnelles ».

 

Les ménages ne seront pas en reste : expérimenter la sobriété énergétique, recourir au covoiturage, et peut-être aussi remettre à plus tard ou renoncer à certaines dépenses accessoires et néanmoins très impactantes pour l’environnement : suréquipement multimédia et voyages pour ne prendre que ces deux exemples.

 

Toutefois il ne faut pas nier que le coût de la préservation de l’environnement, qu’elle soit obligatoire ou optionnelle, peut tout aussi bien faire les frais de ces soucis d’économies. Des chefs d’entreprise pourraient renoncer à l’acquisition de matériels neufs au meilleur rendement énergétique ou chercher à diminuer les coûts de la gestion de leurs déchets ou du traitement des eaux usées.

 

Cela vaut également pour les ménages qui pourraient être amené à ne pas renouveler leurs appareils usagers ou abandonner leurs achats éco-responsables qui peuvent dans certains cas avoir un surcoût, sans parler des calfeutrages des aérations des habitation, technique d’isolation archaïque qui entraînent chaque année des accidents sanitaires.

 

Deuxièmement, la crise du siècle nourrit la crainte, raisonnable, de voir les puissances publiques se détourner de l’urgence d’investir et de s'investir dans la lutte contre le réchauffement climatique au profit de la gestion de crise de cours terme. Comme en 1973 au moment du premier choc pétrolier, la crise actuelle pourrait faire oublier la préoccupation écologique, ainsi que l’a fait remarquer Jean-Marie Harribey, de l'université de Montesquieu-Bordeaux-IV, et vice-président de l'organisation non gouvernementale ATTAC. Il rejoint par-là l’avis de Stavros Dimas, commissaire européen à l’environnement, énonçant le 31 octobre 2008 dans Le Monde au moment de la négociation du “paquet énergie-climat” de l’Union Européenne : « beaucoup de gens veulent utiliser la crise financière comme un prétexte pour reporter ou affaiblir nos propositions ». Or, selon lui, « la lutte contre le réchauffement va permettre de lutter contre la crise économique ».

 

M. Dima semblait également porter de grandes espérances en particulier dans le « soutien et le leadership de M. Sarkozy » lors des négociations sur le Paquet Energie Climat qui devait permettre à l’Union européenne d’atteindre ses objectifs de lutte contre le réchauffement climatique. A l’issue d’un mini-sommet en décembre 2008 avec le Premier ministre britannique Gordon Brown et le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, Nicolas Sarkozy a lui-même estimé que la crise économique ne devait pas « être un alibi pour sacrifier » la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Pourtant, passée l'annonce de l’adoption du Paquet Climat Energie par les députés européens le 17 décembre 2008, le chef d’état et le gouvernement français ont été peu enclins à mettre le dossier « environnement » sur le dessus de la pile. C’est ce que l’on a pu constater dans les dernières interventions de Nicolas Sarkozy. Lors de l’intervention radiotélévisée du 05 février 2009 intitulé « Face à la crise », il a clairement abandonné tout volontarisme dans ces problématiques puisqu’à aucun moment les mots « environnement », « enjeux énergétique » ou « climat » n’a été prononcé. Ni par M. Sarkozy ni par ses intervieweurs d’ailleurs. Comme pour le confirmer, son intervention radiotélévisée du 19 février 2009 qui a fait suite à la réunion avec les partenaires sociaux du jour précédent, n’a pas évoqué un seul instant d’éventuelles contreparties vertes à ses propositions ou à son volontarisme.

 

La question automobile est révélatrice de l’ambiguïté de la position portée par l’exécutif français vis à vis de la question du changement climatique. A l’occasion de l’annonce le 11 février 2009 du plan de soutien de 7,8 milliards d'euros pour le secteur automobile en France qui impose en contrepartie aux constructeurs de ne pas délocaliser, Nicolas Sarkozy a mobilisé plus d’énergie à se défendre de protectionniste vis-à-vis de la Commission européenne. Mais est-il possible d’envisager que ces milliards pourraient également être conditionnés à l’ébauche d’une remise en cause de l’hégémonie de la voiture dans le modèle social et économique français aujourd’hui largement obsolète ?

 

Rappelons pour sa défense que le président de la République avait annoncé, en octobre dernier, une enveloppe de 400 millions d'euros sur quatre ans pour accélérer les efforts de recherche et développement des constructeurs français sur les modèles hybrides ou électriques. Et reconnaissons qu’il est particulièrement difficile, dans ce contexte de crise où les contraintes ne manquent pas, de demander aux français de revoir leurs habitudes, à commencer par l’utilisation de leur voiture. Mais n’est-ce pas son rôle de donner et répéter des lignes directrices pour œuvrer concrètement au développement durable ? Et ne nous a-t-il pas justement répété qu’il réformera contre vents et marées pour l’intérêt général ?

 

C’eu pourtant été salvateur de se remémorer les propos de Nicholas Stern, cité précédemment, dans un entretien au journal Le Monde du 13 décembre 2008, et qui proposait « d’orienter l’aide offerte aux industries automobiles, et toute l’aide publique en général, vers la recherche et le développement d’un modèle économique et de technologies concourant à la lutte contre le réchauffement climatique ».

 

Par ailleurs, si les mauvais esprits qui accusent nos responsables politiques de gouverner à coup de sondages ont raison, ces derniers auraient été bien inspirés d’entendre les résultats d’un sondage CSA réalisé en janvier 2009 pour France nature environnement qui révélait que pour une majorité de Français, « la crise économique et financière ne doit ainsi pas se résoudre au détriment des préoccupations environnementales, qui restent centrales ». Le sondage pointait 80 % des personnes interrogées qui étaient convaincues que l'investissement dans les activités vertes pouvait participer au soutien de l'économie et de l'emploi.

 

Enfin, et troisièmement, la crise mondiale a-t-elle au moins le mérite de créer l’électrochoc que les consommateurs que nous sommes ont besoin pour enfin modifier leurs habitudes et commencer lentement à détourner notre Titanic mondial de l’iceberg du changement climatique. Peut-on espérer, à la manière d’un Marc Fiorentini que « les changements profonds de comportement de consommation des ménages du fait de la crise va avoir un effet durable sur l'environnement » ?

 

Notre sondage de janvier 2009 évoqué précédemment faisait apparaître que « dans les faits, les Français sont peu conscients de leur impact sur l'environnement dans leur vie professionnelle et de la réalité de certaines mesures sur l'environnement : 72 % des actifs interrogés déclarent avoir le sentiment que dans leur activité professionnelle, les conditions et méthodes de travail sont respectueuses de l'environnement ». En commentant ce sondage Sébastien Genest, président du FNE, conclut que « la responsabilité ne doit pas peser sur deux seules personnes : Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo. C'est l'affaire de tous. »

 

A ce stade apparaît sans doute un grand paradoxe : tandis que la crise à démarré dans les hautes sphères de la finance mondiale à des années lumières, croyions-nous, de l’économie réelle, et alors que les préoccupations des ménages sont focalisées à longueur de flash infos sur leur pouvoir d’achat en berne, il faudrait, pour préserver durablement nos ressources naturelles dont dépend notre relatif équilibre géopolitique mondial, que chacun prenne conscience de l’importance de ses propres comportement de consommation dans l’équilibre (ou plutôt le déséquilibre) planétaire.

 

Ce n’est sans doute pas le plus simple !

 

La préoccupation de messieurs Jean-Louis BORLOO et Dominique BUSSEREAU le 20/02/2009 est sans doute révélatrice de la distance qu’il reste à parcourir pour que les comportements de consommation soient véritablement adaptés au contexte environnemental : à la veille d’un week-end de fort trafic routier (20-22 février : carrefour des vacances scolaires des 3 zones) ils rappellent la nécessité de redoubler de prudence pour circuler en sécurité en conditions hivernales. On est en droit de se demander s’il n’aurait pas fallu plutôt (ou du moins : aussi) inciter les vacanciers à raisonner leurs déplacements.

 

En conclusion, il serait commode d’espérer que l’environnement sorte grand vainqueur de la crise du siècle. Mais ce serait sans doute illusoire et les experts du réchauffement climatique savent qu’il est grand temps d’abandonner nos illusions quant aux solutions futures qui viendraient bien assez tôt et d’elles-mêmes pour nous sauver de conséquences désastreuses de la raréfaction des ressources naturelles, dont l’énergie. En effet, il est temps dés aujourd’hui d’enfin répondre aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.

 

C’est demain, le 26 février 2009, que M. le Président de la République effectuera un déplacement dans l'Ain pour aborder la question du soutien à la filière automobile. Sans éluder la question difficile du sort des salariés de ces entreprises, on espère avec force que ce déplacement (en train ?) sera l’occasion d’ouvrir le débat sur l’hégémonie de la voiture dans notre monde et plus largement sur le modèle social souhaitable et soutenable, tant pour les pays riches qui doivent désormais montrer l’exemple que pour les pays qui aspirent justement aux mêmes standards de consommation.



Voir aussi :
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