Les anciens incinérateurs de déchets ménagers augmentent le risque de cancer lié à l'imprégnation à la dioxine selon une nouvelle étude de l'Institut de Veille sanitaire (InVS). En effet, alors que l'installation de nouveaux incinérateurs pour ordures ménagères résiduelle fait débat en France, l'Institut de Veille sanitaire (InVS) a publié plusieurs études sur l'impact sanitaire des anciens incinérateurs qui montrent une augmentation du risque de cancer lié à la dioxine.
L’Institut de Veille Sanitaire (InVS) a en effet publié cette semaine un numéro thématique du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) qui porte sur l’impact sanitaire de l’incinération des déchets ménagers. Ce numéro avait pour objectif de faire le point sur les grandes études menées ces dernières années en France sur la problématique des effets sur la santé d’une exposition aux rejets atmosphériques des usines d’incinération d’ordures ménagères.
En effet, la France possède le plus grand parc d’Unité d'Incinération d'Ordures Ménagères (UIOM) de l’Union européenne avec environ 130 incinérateurs recensées sur le territoire. Si un effort important d’amélioration du parc d’incinérateurs a été fait ces dernières années, de nombreux incinérateurs ont été dans le passé responsables d’émissions importantes de polluant, dont des dioxines, des PCB, du plomb, ou encore du cadmium.
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L'Institut de Veille sanitaire (InVS) a publié plusieurs études sur l'impact sanitaire des anciens incinérateurs qui montrent une augmentation du risque de cancer lié à la dioxine.  |
Selon ces études, si les nouveaux incinérateurs d'ordures ménagères émettent moins de substances nocives pour la santé, la pollution résultante des rejets de dioxines liés aux anciens incinérateurs persiste dans l’environnement pouvant ensuite se retrouver dans les produits locaux d'origine animale et végétale.
Les inquiétudes légitimes des populations riveraines ont conduit, à plusieurs reprises, les pouvoirs publics à demander la réalisation d’études locales pour connaître l’exposition et les risques encourus. La persistance des composés chimiques émis dans l’environnement (dioxines et certains métaux) et la présence de ces substances à des teneurs élevées dans des aliments (lait, oeufs, viande) produits à proximité d’incinérateurs justifiaient ces craintes.
Il est rapidement apparu qu’il serait inefficace de multiplier les études autour de chaque incinérateur. En 2002, l’Institut de veille sanitaire (InVS) et l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) ont engagé une démarche nationale pour apporter des réponses aux attentes des décideurs et de la population.
Cette étude imprégnation par les dioxines et les métaux lourds (plomb, cadmium) a été réalisée auprès de plus de 1 000 personnes résidant à proximité de huit UIOM et pour lesquelles des prélèvements biologiques à des fins de dosages et des questionnaires ont été recueillis. Elle avait pour but de comparer l’imprégnation des personnes résidant à proximité d’une UIOM à celle de personnes témoins et de déterminer les déterminants de cette imprégnation. Dans cette étude, l’imprégnation reflète une exposition relativement récente (années 90-2000) comparée à une autre étude de l’InVS sur les cancers et les UIOM.
Les résultats les plus marquants sont les suivants. L’imprégnation aux dioxines et PCB dioxin-like dans la population de l’étude (exposés et témoins) est dans la moyenne européenne. Les facteurs personnels (âge, corpulence, sexe, variations de poids, tabagisme...) et la consommation alimentaire habituelle sont les déterminants essentiels de l’imprégnation.
Il n’y a pas d’éléments en faveur du rôle de l’exposition par inhalation (question fortement soulevée initialement). Cette étude souligne le rôle déterminant des produits de la pêche sur l’imprégnation par les dioxines et PCB. Il n’y a pas de différence statistiquement significative entre l’imprégnation des personnes exposées et non-exposées au panache d’un incinérateur, sauf pour une population particulière : celle des autoconsommateurs de produits animaux élevés sous le panache (notamment les produits laitiers et les oeufs), en particulier les agriculteurs.
Cette relation n’est pas retrouvée pour la consommation de produits végétaux. Elle est observée principalement dans le cas des incinérateurs anciens et hors normes.
Concernant les risques sanitaires, il faut souligner que malgré l’augmentation de la charge corporelle en dioxines observée chez les riverains d’UIOM, les concentrations de dioxines atteintes restent dans l’ensemble dans des valeurs observées actuellement en Europe pour des populations d’âge comparable et non-exposées à un incinérateur ou à une installation industrielle pouvant émettre des dioxines. Elles restent inférieures à celles des forts consommateurs de poissons. Ces valeurs sont aussi très largement en dessous (10 à 100 fois) de celles qui ont été observées lors d’expositions accidentelles ou industrielles.
Par ailleurs, les riverains des incinérateurs étudiés ne montrent pas de surexposition statistiquement significative aux métaux lourds (plomb, cadmium), bien qu’on observe une légère tendance non significative à l’augmentation de la charge corporelle en cadmium.
La plombémie reste dans des valeurs habituelles pour la population générale. Les facteurs de variation et de confusion ont un poids beaucoup plus importants sur la plombémie que les facteurs liés à l’incinérateur. Il n’y a pas d’éléments en faveur du rôle de l’exposition par inhalation. Même si la consommation de certains aliments locaux (viandes, produits laitiers, oeufs) influence la plombémie, cette influence reste modérée.
Selon l’Invs, « ces résultats ne conduisent pas à préconiser de nouvelles mesures de gestion car la réduction des émissions polluantes des incinérateurs et leur mise aux normes a déjà fait l’objet de mesures (réduction de moitié du nombre d’incinérateurs depuis les années 1990). Le contrôle des produits animaux commerciaux élevés sous le panache des incinérateurs est effectué par la Direction générale de l’alimentation (DGAl), ainsi que le contrôle des produits de la pêche et des abats. »
« Les oeufs de poules élevées sur des sols qui demeurent contaminés par une ancienne UIOM hors norme, comme c’est le cas sur certains sites peuvent contenir des niveaux de dioxine qui excèdent les valeurs seuils appliquées aux denrées alimentaires commercialisées. Lorsque ces oeufs ne sont pas commercialisés, ils échappent aux contrôles réglementaires. Il est à recommander que des contrôles ad hoc soient effectués par les gestionnaires locaux et que des conseils de non consommation soient diffusés le cas échéant.
Le problème ne se pose pas pour le lait de vache car l’herbe de repousse n’est plus contaminée après la mise aux normes ou l’arrêt des installations polluantes.
L’absence de surimprégnation notable par les métaux lourds et les dioxines des riverains des incinérateurs consommateurs de végétaux permet d’autoriser la consommation des légumes des potagers soigneusement lavés pour répondre aux mesures d’hygiène générale (en particulier pour lutter contre le risque infectieux). » (Source : INVS)