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Le parc national de Bardia au Népal, un parc en grand danger ? 

Le parc national de Bardia au Népal, un parc en grand danger ?Le parc national de Bardia au Népal, un parc en grand danger ?
Le parc national de Bardia au Népal, un parc en grand danger ? Le parc national de Bardia, situé au sud-ouest du Népal, confronté à une recrudescence du braconnage, traverse actuellement une période absolument critique pour l'avenir des espèces qui font sa renommée.

Le parc national de Bardia, au sud-ouest du Népal, est un site naturel unique au monde, renfermant une biodiversité tout à fait remarquable. Cette zone protégée de 968 km2 est le seul endroit du monde où l'on peut observer ensemble tigres, léopards, éléphants, rhinocéros indiens, dauphins d'eau douce, crocodiles des marais et gavials pour ne citer que les espèces les plus emblématiques.

 

Le parc national de Bardia, situé au sud-ouest du Népal, confronté à une recrudescence du braconnage, traverse actuellement une période absolument critique pour l'avenir des espèces qui font sa renommée. Malgré les efforts fournis par l'administration locale pour dissimuler la gravité de la situation, les rhinocéros unicornes et les tigres du parc sont aujourd'hui au bord de l'extinction.



Les deux espèces, classées en annexe 1 de la CITES sont impitoyablement massacrées en raison des vertus curatives que la médecine orientale prête à certaines parties de leur corps. La revente au détail d'une corne de rhinocéros ou de diverses parties d'un tigre peut atteindre 70.000 dollars en Asie du sud-est.

 

Le parc national de Bardia au Népal, un parc en grand danger ? Le parc national de Bardia, situé au sud-ouest du Népal, confronté à une recrudescence du braconnage, traverse actuellement une période absolument critique pour l'avenir des espèces qui font sa renommée.

 

De la centaine de rhinocéros présents sur place il y a quelques années, il ne reste que 21 individus, selon un dernier comptage, lui même probablement surévalué. Le dernier résultat du recensement des tigres n'a même pas été officiellement annoncé. Dans le contexte actuel, le pire est envisageable.

 

Début avril, l'assassinat de Narendra Chaudhary, un jeune homme, témoin malheureux du braconnage d'un rhinocéros, exécuté par les braconniers alors qu'il se rendait à son village, a fait apparaître la vérité au grand jour...

 

Cette fois-ci c'en est trop, l'administration est sommée de s'expliquer (administration tripartite où tout le monde se renvoie la balle : armée chargée de la surveillance, national trust for nature conservation chargé de l'équilibre entre les communautés locales et la vie sauvage, et la direction du parc).

 

Les langues se délient, et il est évident que nombre d'employés ferment les yeux sur les exactions commises. Nombres de fonctionnaires touchent des salaires exorbitants (financés en grande partie par des donations venant de l'étranger) et considèrent le parc comme leur petite entreprise.

 

Les guides naturalistes et les hôtels vivant de l'éco-tourisme sont les premiers touchés par la  disparition de la faune (les rhinocéros ne sont que la partie émergée de l'iceberg.), mais le plus souvent ils se taisent de peur de perdre leur licence de guide qui leur est délivrée par le parc.

Bérangère et Patrice Correia, membres de l'association de défense de la faune Sundari Wildlife Project, nous relatent les évènements dont ils ont été les témoins et les protagonistes en 2008.

 

« Le 3 avril 2008, je me rends au quartier général du parc national, accompagnée du président de l'association des guides de jungle NAGA, Tulsy. Pour y rencontrer le commandant afin de lui proposer notre aide, pour faire cesser la coupe de bois dans le parc. Il nous reçoit très bien, me demande de lui fournir des infos et des témoignages. Ce que je fais.

 

Le 4 avril 2008, braconnage d'un rhinocéros mâle âgé d'une vingtaine d'années, dans la zone tampon de Attishar, au bord du parc national de Bardia :12 balles dans le corps, la corne arrachée. Un jeune homme, Narendra Chaudhary, témoin du massacre à été abattu de sang froid par les braconniers, alors qu'il se rendait au même moment dans son village. L'indifférence des autorités est affligeante.

 

Le 5 avril 2008, je me rends au quartier général de l'armée, accompagnée de Tulsy et Raju, membre eux aussi de l'association des guides de jungles NAGA. Notre entretien avec le colonel est bref, il me fait comprendre que leurs moyens sont très limités du fait du peu de budget, du manque de véhicules et de carburants, pour effectuer les patrouilles dans le parc.

 

Je lui propose de les aider, au moins pour le fuel, il décline mon offre. Il me conseille de mettre en place un système de patrouilles avec les guides de jungles.

 

Pendant ce temps, Patrice se rend à Attishar pour prendre des clichés de la dépouille du rhinocéros. Malgré l'interdiction de l'armée, présente cette fois sur les lieux, il arrive malgré tout à prendre cinq photos de l'animal.

 

Le 23 avril, braconnage d'un rhinocéros mâle âgé d'à peine quatre ans, dans le parc national, à Manau Gate, à cinq cent mètres du lieu de braconnage du premier rhinocéros.

 

Patrice et un proche ami Tristan, accompagnés de leur ami et guide de jungle Sankar, font cette macabre découverte lors d'une promenade en jungle. Tout de suite ils alertent l'armée, par téléphone, mais pas de réponse .Ils alertent alors la direction du parc, qui se rend sur les lieux environs une heure plus tard ! Là encore Patrice prend des clichés de l'animal gisant dans l'eau, la corne arrachée, comme le premier rhinocéros. A l'aide d'un éléphant domestique, un membre du parc repousse le corps sans vie du rhinocéros jusque sur la berge... la méthode est écœurante. Des hommes du parc national rient de bon coeur, la scène semble les amuser.

 

Patrice et Tristan sont fous de rage. Le soir, nous rencontrons par hasard le propriétaire d'une radio régionale, Resham Chaudhary,de Phoolbari FM, a qui nous racontons ce qui se passe à Bardia, l'envers du parc national. Il nous interroge, magnétophone en main, et le lendemain matin, notre conversation est retransmise sur les ondes , dans vingt six régions du Népal.

 

Le 24 avril, nous sommes invités à participer à un meeting, pour discuter des derniers évènements, mais à notre arrivée nous voyons que nous ne sommes pas les bienvenus, et la conversation ne se fait qu'en népali, afin de nous écarter.Nous sommes furieux et nous quittons la salle. C'est alors que nous faisons la connaissance de Yogesh, un amoureux de nature, président de l'association SAVE WILDLIFE – Népal.

 

Le 25 avril, nous décidons avec Yogesh d'organiser un voyage à Kathmandu avec les guides de jungles, les membres de NAGA, quelques propriétaires de lodges, et nous mêmes, afin de manifester dans les rues de la capitale, et devant le ministère de l'environnement, pour dénoncer l'indifférence ou l'implication des autorités concernant le braconnage. Aussi nous voulons organiser notre propre conférence de presse. Après plusieurs jours de meetings et d'organisation, nous sommes prêts à prendre la route.

 

Le 29 avril, nous nous rendons à Tikapur, pour une entrevue en direct avec la radio Phoolbari FM. Entrevue d'une heure, où nous témoignons.

 

Au début du mois de mai, nous subissons chaque jour de très fortes pressions de la part des autorités en place, des leaders maoïstes qui semblent être en désaccord avec notre projet ; nombres d'entres eux ayant des choses à se reprocher, étant impliqués directement dans le braconnage.

 

Le 4 mai, notre programme doit être annulé du fait de la pression et des menaces très graves dont nous avons fait l'objet. Les guides de jungle sont les premiers visés, donc nous décidons de tout annuler, cette mission devient trop dangereuse pour tout le monde. Nous prenons la route, seuls.

 

Le 10 mai, quatre braconniers ont été arrêtés à Bardia, en possession de la corne du second rhinocéros et de dix kilos d'os de tigres…Quatre soldats de l'armée népalaise.

 

Le 14 mai, conférence de presse à Kathmandu, organisée par Yogesh. Sont présents le président du WWF Népal, les autorités responsables de la protection de la faune, les principaux journaux locaux et nationaux, la télévision Népal tv, et la radio nationale.

 

Nos témoignages sont entendus et pendant plus de huit jours, tous les journaux rappellent quotidiennement les faits, parlent de notre projet, se révoltent à leur tour de l'incompétence des autorités, de l'implication de l'armée dans la destruction du patrimoine sauvage. Une émission de tv nous est consacrée. Cinq autres braconniers sont arrêtés quelques jours plus tard. »



Voir aussi :
 - Marée noire : Pas de « zone morte » dans le Golfe du Mexique
 - Protéger les récifs de corail avec un réseau de petites zones protégées

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