Quel panorama des risques naturels peut-on établir sur le territoire français ? Selon Yvette Veyret, "La France, hors territoires d’Outre Mer, est un espace qui enregistre peu de catastrophes naturelles du type de celles survenant aux Antilles, ou dans le Sud des Etats-Unis.
La France métropolitaine qui ne se situe ni dans une région soumise aux cyclones ni en zone très fortement sismique, est pourtant soumise à de nombreux aléas inégalement répartis, et donc à des risques naturels. Le plus important est l’inondation. Au nord du pays (Seine, Somme, Meuse, Moselle…) la montée des eaux est lente, ce qui permet de prévenir les populations.
En région méditerranéenne, les inondations sont rapides et surviennent quand se produisent de fortes pluies, notamment à l’automne (300mm à Nîmes en 1988, plus de 1000 mm en Roussillon en 1940 en quelques jours).
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La réglementation en matière d’environnement en général et pas seulement en termes de risque naturelle est plus ancienne qu’on ne le croit souvent.  |
Dans ce cas, il est plus difficile de prévenir la population et ces inondations violentes ou “éclair” peuvent faire des victimes (catastrophe de Vaison la Romaine en 1992 – 37 victimes suite aux débordements de l’Ouvèze, 13 morts en Languedoc en 2000). Autrefois, les populations concernées connaissaient le risque d’inondation, villes et villages étaient installés loin des secteurs inondables.
Quand cela était nécessaire, on a tenté de s’en protéger. Ainsi la Loire, souvent présentée comme “le dernier fleuve sauvage d’Europe”, a connu des endiguements dès le Xè siècle. Les digues et plus tard les barrages, souvent considérés comme les solutions de protection, se révèlent insuffisants (ruptures ou submersions des digues…).
Parmi les autres aléas à risques naturels, il faut compter avec les tempêtes, les sécheresses, les canicules, les vagues de froid et les fortes chutes de neige. En montagne, les avalanches constituent des aléas redoutés. Sur les pentes des massifs montagneux, des collines comme des falaises littorales se produisent aussi des glissements de terrain et des éboulements qui peuvent menacer des habitations ou d’autres équipements.
Effondrements et déformations du sol sont les conséquences de l’extraction de la houille, du fer ou de la pierre. Le Nord, la Lorraine, le bassin parisien, la Normandie sont particulièrement concernés par ce phénomène. Dans les départements d’Outre Mer, Antilles et Réunion, des processus plus violents sont fréquents, il s’agit des cyclones avec des vents très violents (jusqu’à plus de 200 km/h) et souvent de très fortes pluies.
Les départements antillais sont aussi soumis aux risques sismiques et volcaniques (l’explosion de la montagne Pelée en 1902 a détruit la ville de Saint-Pierre et son port). A peu près toutes les régions de notre territoire sont, à des degrés divers, soumises à des aléas. L’importance des risques, des dégâts et des victimes varie fortement en fonction de la densité de population présente dans les secteurs sensibles et selon les types de construction et d’aménagement.
La connaissance de ces risques naturels est-elle bien intégrée dans la politique de prévention des catastrophes naturelles ?
La réglementation en matière d’environnement en général et pas seulement en termes de risque naturelle est plus ancienne qu’on ne le croit souvent. Ainsi, la loi de 1882 sur la Restauration des terrains de montagne prône le reboisement ou le réengazonnement des versants montagnards dans le but de réduire les inondations et l’effet des torrents.
Le décret sur les Plans de Surface Submersible (PSS) date de 1935. Il limite la construction en zone inondable mais, sa mise en application a été très limitée. En 1955, deux articles du Code de l’urbanisme, le R111-3 et le R 111-2, intègrent la gestion des risques dont la reconnaissance devait conduire à réduire l’urbanisation. Ces outils auraient dû limiter fortement les constructions en zone inondable.
Cependant, la seconde moitié du XXè siècle a enregistré une importante croissance urbaine, qui s’est partiellement effectuée dans les vallées inondables.
En 1982, le gouvernement prend le problème du risque à bras le corps, il promulgue la loi sur l’indemnisation des catastrophes naturelles qui prévoit le remboursement des dommages et l’élaboration de Plans d’Exposition aux Risques (PER). Ceux-ci laissent la place en 1995 aux Plans de Prévention des Risques (PPR). Dans les deux cas les zonages qu’impliquent ces documents ont pour objectif d’interdire ou de limiter les constructions en zone dangereuse. Pourtant les risques et les dangers menacent encore une population de plus en plus nombreuse.
Les populations sont-elles bien sensibilisées ?
La méconnaissance du danger résulte pour beaucoup de l’oubli des catastrophes passées et de la méconnaissance des phénomènes naturels. Pour maintenir la mémoire des risques, la loi Bachelot de 2003 a imposé de placer des marqueurs de crues dans les villes indiquant la hauteur d’eau lors d’une inondation donnée. L’information du public est indispensable.
L’Etat a la charge de faire connaître le risque. Les préfets doivent élaborer une carte des risques de leur département, les maires doivent avertir les populations exposées. Les assureurs pourraient aussi avoir un rôle dans la prévention de la catastrophe.
La loi Barnier de 1995 et à nouveau la loi Bachelot (2003) intègrent la possibilité d’exproprier les populations fortement menacées. Cela pose cependant d’importants problèmes, car doit-on rembourser le bien à la valeur de la maison neuve ou à celle de la maison après qu’elle ait été dévastée ? En cas de très important sinistre au coût très élevé, et en ultime recours, l’Etat assume la fonction de réassurance."
Yvette Veyret est Géographe et vice présidente du Conseil Scientifique de l’Association Française pour la Prévention des Catastrophes Naturelles (AFPCN). Fiche expert réalisée dans le cadre du salon EXPOPROTECTION 2008 qui se tiendra du 4 au 7 novembre 2008, Hall 5 Paris-Nord-Villepinte.