Delia Pacaya a grandi au Pérou en Amazonie dans une tribu nomade qui a évité tout contact avec les étrangers, mais quand les déboiseurs ont envahi les terres où cette tribu se trouvait, elle a fuit la forêt vierge tropicale et s’est installée dans un petit village.
Comme de nombreux autres habitants de la jungle, Delia Pacaya affirme qu’elle se sentait menacée par les déboiseurs, qui se trouvent souvent hors de portée des forces de l’ordre et peuvent donc faire ce qu’ils veulent en toute impunité.
D’après les groupes de défense des droits de l’homme et de l’environnement, le résultat du déboisement est double : la destruction de l’Amazonie et l’anéantissement de l’ancienne vie tribale.
« Il y avait beaucoup de déboiseurs, et nous étions effrayés » a déclaré Dalia Pacaya, qui a maintenant une vingtaine d’années. Elle habite dans une hutte à trois côtés, faites de feuilles de palmier, où son jeune frère joue également et où les poulets dorment sur le sol sale.
Dalia Pacaya a quitté sa tribu natale il y a dix ans et cultive désormais une petite parcelle dans la réserve naturelle de Murunahua dans la région du nord-est du Pérou de Ucalayi. La plupart des pièges de la vie moderne ne lui sont pas parvenus, mais elle n’a pas échappée aux ongles vernis et aux T-shirts.
Même si les experts ne savent pas avec certitude le nombre d’individus qui appartenaient à des tribus indigènes ont dû abandonner la forêt tropicale et s’installer dans des villes au cours des dernières années, ils affirment que les anciens membres de tribus ont du mal à s’adapter et tombent souvent malades, au contact d’individus et de leurs microbes auxquels ils n’avaient jamais été exposés auparavant.
« Les communautés qui n’ont pas eu de contact avec des étrangers sont dans une situation très difficile. La plupart d’entre eux sont menacés par les déboiseurs, et leur vie est en danger » a indiqué Beatriz Huertas, une anthropologue qui travaille souvent avec le groupe de défense des droits de l’homme, AIDESEP.
Sur plus de 100 tribus encore préservées dans le monde, les scientifiques pensent que plus de la moitié vivent le long de la frontière entre le Pérou et le Brésil en Amazonie. En mai, des photographies prises près de la frontière montraient deux hommes indiens couverts de pigment rouge lançant des flèches dans le ciel vers l’avion, d’où les photographies ont été prises, et qui se sentaient apparemment menacés.
Les photographies ont relancé le débat entre les organisations des droits de l’homme et le gouvernement dans un contexte où le Pérou encourage les compagnies à explorer la région pour son pétrole et son gaz.
La compagnie électrique nationalisée Perupetro a récemment déclaré qu’elle n’explorerait pas de régions où des communautés isolées vivent encore. La compagnie avait pourtant auparavant déclaré qu’elle avait des doutes sur la possibilité que des tribus indigènes vivent encore dans la forêt tropicale.
Les groupes de défense de droits de l’homme ont félicité cette décision mais ont ajouté que le Pérou devait faire plus pour éviter que les déboiseurs ne menacent les tribus en les exposant à des maladies mortelles. Ils ont indiqué que le projet du gouvernement n’était pas suffisant puisque les tribus nomades se déplacent dans et hors des parcs protégés et que l’application du plan était dans tous les cas laxiste.
Le contact avec les étrangers a été dans le passé une catastrophe pour les indiens du Pérou. Plus de la moitié de la tribu de Murunahua est morte de maladies (rhume ou autre) après avoir été en contact avec des développeurs immobiliers pour la première fois en 1996.
La corruption, les politiques inadéquates, la coopération locale faible et la pauvreté rurale croissante sont des facteurs qui encouragent le déboisement illégal, d’après l’agence INRENA chargée de la protection des ressources du Pérou.
Le gouvernement du Pérou affirme pourtant faire de son mieux. « Les individus disent que le Pérou n’est pas soucieux de prendre soin des tribus… mais c’est faux » a indiqué Ronald Ibarra, directeur des affaires indigènes au Ministère du Développement Social.