L’augmentation de la demande en biocarburants est un élément aggravant de la crise alimentaire mais elle pose aussi un problème pour les paysans, qui sont privés de leurs terres pour faire de la place aux cultures destinées à l’énergie, d’après ce qu’indique un rapport préparé pour le sommet sur l’alimentation qui a lieu cette semaine.
L’utilisation d’aliments tels que le maïs, l’huile de palme, et le sucre pour produire du biocarburant a été accusée d’être en partie responsable de la hausse record des prix des biens premiers qui conduisent des millions d’individus à la famine, et sera une des questions clés discutées par les dirigeants mondiaux lors du Sommet de Rome.
Les biocarburants ont été qualifiés de « crime contre l’humanité » l’an dernier par le rapporteur des Nations Unies sur l’alimentation de l’époque, Jean Ziegler. Les critiques des biocarburants affirment en effet qu’ils détournent les aliments des bouches humaines et qu’ils les transforment en carburant et entrent ainsi en compétition avec les terres qui devraient être utilisées pour faire pousser des cultures alimentaires.
Les Etats-Unis et l’Union Européenne ont mis en place des politiques de promotion de l’utilisation des biocarburants comme étant des alternatives pour réduire la dépendance au pétrole brut.
Le rapport, publié lundi par l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture qui organise le sommet de trois jours à Rome à partir de mardi, a signalé plusieurs risques sociaux et environnementaux liés aux biocarburants, mais a ajouté qu’ils n’étaient pas la principale cause de la crise alimentaire actuelle.
« Le pic récent des prix de l’alimentation n’a pas été causé en premier lieu par les biocarburants » indique le rapport, en faisant la liste des raisons pour lesquelles les prix de l’alimentation augmentent, et parmi lesquelles figurent les récoltes médiocres, et l’augmentation de la demande en Asie pour la nourriture.
Coécrit par l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture et l’Institut International pour l’Environnement et le Développement basé à Londres, le rapport, baptisé « Alimenter l’exclusion ? Le boom des biocarburants et l’accès des personnes pauvres aux terres » (« Fuelling exclusion? The biofuels boom and poor people's access to land »), indique que le boom des biocarburants constitue une menace majeure pour des millions de paysans.
Près de 1% des terres arables du monde sont utilisées pour les biocarburants, un chiffre qui passera à 2.5% ou 3.8% d’ici 2030, selon les politiques de subventions, d’après les estimations de l’Agence Internationale pour l’Energie.
Certains paysans pourraient bénéficier du boom des biocarburants s’ils ont accès aux terres pour cultiver les cultures servant de matière première à ces biocarburants, mais les autres seront sans doute exclus de leur terres nécessaires pour les plantations à grande échelle, indique le rapport.
« Les groupes sociaux spécifiques tels que les femmes, les cultivateurs itinérants et les éleveurs seront particulièrement susceptibles de souffrir d’exclusion de leurs terres, à cause de l’augmentation de la valeur des terres, alors que les personnes qui sont déjà sans terre verront les obstacles augmenter encore davantage pour acquérir une terre à cultiver » détaille le rapport.
Le rapport recommande de nouveaux standards pour garantir les droits des personnes pauvres, dont des modèles de certification pour les biocarburants qui garantiront qu’ils seront produits sans détruire l’environnement local ou violer les droits des individus locaux.