Depuis hier, se déroule à Berne une réunion de responsables de l’ONU à propos de la crise alimentaire globale et des solutions envisageables. L'ONU estime que jusqu'à 100 millions des personnes les plus pauvres ont besoin actuellement d'aide alimentaire due aux prix croissants des denrées alimentaires.
Le coût des aliments principaux comme le riz, les céréales, l’huile et le sucre ont augmenté de plus de 50% en un an. Or, face à cette crise alimentaire mondiale, la prise d’un moratoire sur les biocarburants divise les experts de l’ONU.
A court terme, le programme mondial alimentaire a besoin de 755 millions de dollars supplémentaire, son budget initial pour 2008 ne sera pas suffisant pour couvrir les prix en hausse et une demande grandissante. Il s’agit d’un défi à long terme mais augmenter le budget est une échappatoire facile ne réglant pas les problèmes.
Les émeutes concernant la crise alimentaire ont concentré l'attention sur les prix en hausse, et quelques pays ont déjà promis d’augmenter leurs aides. Le plus grand défi à long terme est comment favoriser l'agriculture durable et les biocarburants, pour lutter contre le changement climatique, et assurer en même temps une production suffisante de nourriture. Au sein même de l'ONU, les avis sont partagés.
Les experts de l’ONU selon la primauté alimentaire ont réclamé la suspension de la production de biocarburants, indiquant qu’elle fait monter les prix des denrées alimentaires. Le chef du programme environnemental de l'ONU, croit pour sa part que les biocarburants sont une solution viable pour fournir une énergie alternative dans l'avenir.
Les négociations commerciales internationales sont arrivées à un point mort depuis plusieurs années en raison des divisions concernant les subventions agricoles entre pays riches et pauvres. Un accord pourrait apporter une certaine stabilité des prix des denrées alimentaires au niveau mondial, mais le processus peut prendre du temps.
De son côté, Jean Ziegler a proposé la mise en place d’un moratoire sur les biocarburants. Jean Ziegler, Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation de l’ONU, a proposé d'imposer un moratoire de cinq ans sur les biocarburants pour « briser la spéculation afin de maîtriser l'augmentation des prix alimentaires ». Le rapporteur a également souligné la « brutalité » de l'augmentation des prix alimentaires.
En un an, le prix du blé a augmenté de 130%, le prix du riz de 74%, le prix du soja de 87%, et celui du maïs de 53% », a précisé Jean Ziegler.
Le Rapporteur spécial a souligné que l'augmentation générale de 48% des prix alimentaires, telle qu'évaluée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), venait frapper les pays les plus pauvres. S'il a tout d'abord souligné la transformation massive d'aliments en biocarburants comme principale cause de cette crise, Jean Ziegler a aussi dénoncé la spéculation, qui serait responsable de 30% de l'augmentation des prix.
Il a aussi pointé du doigt le Fonds monétaire international (FMI), qui a imposé la plantation de produits destinés à l'exportation, favorisant ainsi le déclin de l'agriculture de subsistance. Le Rapporteur spécial de l’ONU, a donc proposé un moratoire de cinq ans sur les biocarburants.Les coûts croissants de nourritures de base ont déclenché des problèmes graves dans plusieurs pays. De plus, certains pays à travers l'Asie ont suspendu leurs exportations de riz craignant que le manque de vivres puisse conduire à une situation instable.
La réunion de deux jours de l'ONU à Berne est suivie par les responsables de 20 agences aussi bien que par le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, que par le directeur général de l’organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy.