XERFI vient de publier une étude approfondie, intitulée : « Le marché de l’énergie solaire en France, perspectives de croissance à l’horizon 2010-2015 et analyse du paysage concurrentiel ».
Comme les éoliennes, les énergies solaires utilisées à grande échelle suscitent le débat. Le solaire sera-t-il la principale source d’énergie des bâtiments en France en 2020 ? Si cette énergie reste pour l’instant anecdotique, elle est promise à une forte croissance dans les 10 prochaines années. Selon nos prévisions, le parc de capteurs photovoltaïques (PV) va être multiplié par 11,4 entre 2007 et 2012. La puissance des systèmes thermiques va, quant à elle, doubler d’ici à 2010.
La Commission européenne a en effet fixé à 23% la part que devront représenter en 2020 les énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale de l’Hexagone, contre 10,3% en 2005. L’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre, en augmentant la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique des pays européens.
La France mise pour cela sur le développement des énergies renouvelables et notamment sur le solaire thermique (production de chaleur pour le chauffage ou le chauffe-eau) et sur le photovoltaïque (pour générer de l’électricité) au sein des bâtiments mais également pour des applications industrielles (centrales solaires).
Pour cela le législateur utilise deux leviers pour diffuser massivement ces technologies :
1) D’un côté l’arme réglementaire en durcissant progressivement les normes dans les
nouvelles constructions. La future réglementation thermique prévue en 2010 pourrait obliger les architectes, les constructeurs et les urbanistes à édifier des bâtiments qui soient plus autonomes en énergie et donc à recourir en particulier aux équipements solaires.
2) De l’autre les incitations financières. Les pouvoirs publics proposent aux futurs clients des aides importantes pour acquérir ces équipements : subsides des communes, des départements, des régions, de l’Agence pour le Développement et la Maîtrise de l’Énergie (ADEME), crédit d’impôt de 50% sur l’achat du matériel, TVA à 5,5% sur les travaux d’installation dans les habitations construites il y a plus de 2 ans. Le photovoltaïque a un atout supplémentaire par rapport aux systèmes solaires thermiques : l’électricité est rachetée par EDF à un tarif 10 fois supérieur au prix du marché.
Les objectifs des pouvoirs publics sont-ils soutenables ? Malgré un cadre réglementaire très favorable, des menaces pèsent sur les perspectives d’évolution du marché. Outre les problèmes d’offre (liés à des capacités de production insuffisantes des fabricants et à un nombre encore restreint d’installateurs agréés en France), la principale incertitude porte sur l’installation dans les logements anciens. La mise en place de tels équipements dans un immeuble pose en particulier des problèmes de copropriété.
Ainsi, les futurs utilisateurs de systèmes solaires thermiques se situent davantage dans le parc de logements individuels, réduisant de moitié les possibilités d’installations. Par ailleurs, le solaire thermique est concurrencé par le photovoltaïque en raison de la possibilité de rachat de l’électricité produite. Enfin, ces technologies ont besoin d’un ensoleillement minimum et, pour les applications industrielles, de beaucoup d’espace : 0,55 MW par hectare pour une centrale solaire photovoltaïque de 12 MW contre 36 MW/hectare pour une centrale nucléaire équipée de 4 réacteurs de 900 MW.
Quels sont les opérateurs présents sur le marché ? Le soutien financier de la filière solaire par de nombreux États à travers le monde crée d’importantes opportunités pour de nombreux acteurs.
Les grands fabricants de panneaux photovoltaïques tout d’abord (dominés par les Allemands et les Japonais) mobilisent des sommes colossales pour accroître leurs capacités de production : investissement de 75 millions d’euros pour Schott, 500 millions d’euros pour Sanyo, 1,1 milliard d’euros pour l’Indien Moser Baer qui se lance sur le marché du Photovoltaïque.
Les chauffagistes (essentiellement allemands comme Viessmann, Vaillant, Weishaupt, etc.) pénètrent également le marché européen du solaire thermique en intégrant dans leurs offres des systèmes de chauffe-eau/chauffage solaires destinés aux particuliers. De même les spécialistes des fenêtres de toit comme Velux proposent des systèmes solaires qui ont l’avantage d’être intégrés au bâti. D’autres opérateurs pourraient faire leur apparition dans les années à venir, notamment les fabricants de tuiles ou des sociétés de services de location de toit.
Le solaire attire aussi les faveurs des producteurs d’énergies. Suez, Séchilienne Sidec ou de plus petits acteurs comme Voltalia ou Aérowatt se sont engagés dans de grands projets de centrales solaires afin de compléter leur mix-énergétique (déréglementation du marché de l’énergie oblige). Quant à EDF Énergies Nouvelles, le leader en France dans le secteur de la production d’énergie verte, il a clairement annoncé que le solaire serait pour lui un axe de développement stratégique majeur.
Les entreprises « vertes » vont-elles servir de valeurs refuge ? Pour répondre à ces enjeux, ces acteurs ont besoin de capitaux afin d’assurer leur développement. Des sociétés de gestion spécialisées dans les énergies renouvelables ont vu le jour.
Les entreprises « vertes » prennent alors des participations dans le capital de sociétés : c’est le cas de la Financière de Champlain qui détient 20% du capital de Clipsol, l’un des spécialistes français du solaire thermique. Les prises de participation dans le capital de sociétés indépendantes vont d’ailleurs s’accélérer dans les années à venir.
Dans un contexte d’incertitudes élevées lié au ralentissement économique international, les investisseurs auront tendance à privilégier les investissements dans des entreprises « vertes », sociétés érigées en valeur refuge compte tenu du resserrement de la réglementation environnementale