Le Commissaire à l’environnement de l’Union Européenne a suggéré de nouvelles conditions mardi pour l’utilisation des biocarburants pour les transports routiers, en disant que les préoccupations sociales telles que les prix de l’alimentation et la sécurité alimentaire devaient être prises en compte.
Le Commissaire à l’environnement Stavros Dimas n’a pas explicitement remis en question l’objectif de l’Union Européenne de produire 10% de ses carburants pour les transports routiers à partir de cultures et de biomasse d’ici 2020, mais il a clairement signifié que cet objectif devait se conformer à des conditions strictes.
Interrogé par Reuters pour savoir si l’Union Européenne devait selon lui reconsidérer son objectif à la lumière de l’augmentation des prix mondiaux de l’alimentation et des craintes que les terres agricoles dans les pays en développement ne soient détournées pour produire des biocarburants, Stavros Dimas a déclaré :
« Les chefs d’état de l’Union Européenne ont accepté de soumettre l’objectif de 10% de biocarburants dans la production totale de biocarburants à une conformité à des critères de durabilité et à la promotion de la seconde génération de biocarburants. La question des critères de durabilité est d’une importance cruciale » a-t-il déclaré.
La prochaine génération de biocarburants devrait provenir principalement des déchets agricoles et domestiques plutôt que des cultures alimentaires telles que le maïs, le sucre de canne et l’huile de palme.
Les écologistes ont accéléré les campagnes de protestation contre les biocarburants, en disant qu’ils détournaient déjà la production de l’alimentation et contribuaient à l’augmentation considérable des prix des céréales et des produits laitiers dans le monde.
Stavros Dimas a indiqué que le critère de durabilité de l’Union Européenne « devra répondre aux préoccupations sociales et écologiques afin d’être capables de nous aider à protéger l’environnement et à respecter la justice sociale ».
La Commission Européenne n’a pas inclus l’impact social du critère qu’elle a proposé en janvier, ce critère comprenant entre autres la protection des forêts tropicales et la garantie que les biocarburants permettent de réaliser une réelle réduction des émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique.
Une source de la Commission a déclaré que Stavros Dimas et le Commissaire au Développement Louis Michel avaient demandé en vain à l’époque que le critère social soit ajouté au critère de durabilité, mais avaient été rejetés par le Commissaire à l’énergie Andris Piebalgs et par le Commissaire au Commerce Peter Mandelson.
Cependant, l’augmentation considérable des prix de l’alimentation, couplée aux émeutes alimentaires qui ont eu lieu dans plusieurs nations en développement et à la controverse de l’opinion publique à propos de l’impact qu’a la production actuelle de biocarburants sur l’environnement, ont relancé le débat à la Commission.
Louis Michel a déclaré au Sénat Belge mardi : « J’ai longtemps dit que la mode des biocarburants pourrait être catastrophique principalement dans les pays qui ne sont pas autonomes en terme d’alimentation ».
Confrontés à des pressions publiques fortes, les gouvernements de l’Union Européenne ont nommé un groupe de travail le mois dernier qui devra déterminer des critères de durabilité acceptables pour les biocarburants, et qui devra faire son rapport aux ambassadeurs le 7 mai prochain.
Les scientifiques de l’Agence Européenne pour l’Environnement ont demandé la semaine dernière au bloc de 27 nations d’abandonner l’objectif de 10% concernant les biocarburants.
Un responsable de la présidence slovène de l’Union européenne a cependant indiqué que le groupe de travail désigné par les gouvernements du bloc n’avait pas le pouvoir de changer l’objectif mais devait simplement étudier des façons dont les critères pouvaient être redéfinis pour limiter les impacts sociaux.