Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, l’Etat signera vendredi prochain, avec les annonceurs publicitaires, une charte d’engagement et d’objectifs pour une publicité éco-responsable et une réforme du Bureau de Vérification de la Publicité (BVP). Or, selon France Nature Environnement, le BVP « vient de s’illustrer en s’opposant à une campagne en faveur de la réduction des déchets ! »
Par une lettre du 5 mars, le BVP recommande à l’agence de publicité du SMICTOM des Châtelets (collectivité costarmoricaine en charge des déchets) de ne pas diffuser des visuels incitant les citoyens à exercer des choix de consommation permettant de satisfaire les mêmes besoins en générant moins de déchets.
Parmi les messages « coupables » : des incitations à privilégier les produits réutilisables par rapport aux produits à usage unique (ex. rasoir à lames remplaçables versus rasoir jetable), les produits sans emballages (ex. : eau du robinet versus eaux embouteillées) ou encore les alternatives simples (ex. : serpillière versus lingettes). Rappelons au passage qu’un des engagements du Grenelle de l'environnement a pour objectif de « taxer les produits fortement générateurs de déchets ».
« Alors que le BVP a par le passé fait preuve d’un certain laxisme envers certains annonceurs, en invoquant des manques de moyens et un rôle uniquement consultatif, il est scandaleux, de le voir s’opposer à des messages éco responsables émis par une collectivité en direction des citoyens » souligne Bruno Genty, responsable du dossier déchets pour la fédération France Nature Environnement. « Le BVP ferait bien de mettre son énergie à défendre une publicité éco responsable et non une publicité éco alibi !».
Il ajoute que « ce n’est pas aux marchands de dicter –ni même de suggérer- aux collectivités et aux citoyens ce qu’ils peuvent dire ou penser. Conseiller les citoyens afin qu’ils puissent réduire leur production de déchets est une action éco-responsable jusqu’à preuve du contraire ! ».
Très tôt mobilisés sur le développement durable et l’environnement, les professionnels de la publicité se sont dotés, selon le Bureau de Vérification de la Publicité (BVP), dès 2003, de règles de bonnes pratiques portant sur le contenu des messages (Recommandation Développement durable), allant au delà des obligations légales, et les ont renforcées chaque fois que cela était nécessaire (se reporter notamment à une nouvelle doctrine en matière de représentation des véhicules à moteur dans les espaces naturels).
Pour le BVP, ces règles se résument en deux axes : Quand il y a une promesse relative au développement durable : ne pas induire le consommateur en erreur ; Dans tous les cas : ne pas représenter de comportements contraires aux principes communément admis du développement durable.
Le BVP est chargé de veiller à la bonne application de ces règles déontologiques. Ses interventions sont largement méconnues car elles interviennent avant la diffusion des publicités posant problème, permettant que ces dernières ne soient pas publiées ou soient amendées avant que le public ne les voie.
« En publicité, comme ailleurs, le diable se niche souvent dans de tous petits détails... Les professionnels en sont conscients, qui ont fortement recouru depuis le début de l'année au conseil préalable du BVP pour faire vérifier une argumentation environnementale. Nos équipes font preuve d'une extrême vigilance en la matière - avec une attention forte portée à la véracité des promesses qui doivent être étayées par des preuves suffisantes - mais sont également attentives à respecter la créativité et la spécificité du discours publicitaire. On aimerait autant de rigueur et de respect de la part de ceux qui critiquent les professionnels de la publicité ». souligne Jean Pierre Teyssier, Président du BVP.