Une équipe de chercheurs dirigée par Reinhard Pienitz, du Centre d’études nordiques de l’Université Laval, rapporte que la pollution engendrée par le déversement d’eaux usées et l’activité minière autour du lac Dauriat, situé au cœur de Schefferville, est encore bien présente plus de 20 ans après la quasi-fermeture de la ville. Selon les chercheurs, plusieurs décennies pourraient être nécessaires avant que ce plan d’eau ne retrouve son état original.
L’étude publiée dans une récente édition du Journal of Paleolimnology met en lumière les limites d’un écosystème lacustre à se régénérer à la suite de dommages causés par l’activité humaine.
Les chercheurs ont reconstitué l’histoire du lac Dauriat en prélevant des carottes de sédiments qui se sont déposés au fond du plan d’eau sur une période allant de 1882 à 1999.
Les bouleversements occasionnés par l’activité humaine à partir des années 1950 y sont manifestes. Le taux de déposition de métaux comme le plomb, le mercure, le cadmium, le bismuth, le cobalt, le cuivre et le zinc a augmenté de 5 à 8 fois après le début de l’activité minière. Le taux de matière organique dans les sédiments, qui était de 7 % avant les années 1940, a grimpé à 32 % lorsque la population a atteint plus de 4000 personnes, preuve d’une eutrophisation rapide attribuable au déversement des eaux usées municipales dans le lac.
En 1975, la construction d’un système de traitement des eaux usées a eu un effet positif immédiat, révèlent les données des chercheurs. La fermeture de la mine en 1982 et l’exode de la population qui s’ensuivit (Schefferville compte à peine 200 citoyens aujourd’hui) ont accentué le rétablissement du lac.
Malgré cet abandon presque complet du lac Dauriat depuis plus de 20 ans, le taux de matières organiques et les concentrations d’une vingtaine de métaux y demeurent plus élevés qu’avant la période d’exploitation minière. Les taux d’arsenic, de cadmium, de chrome, de cuivre, de plomb, de mercure et de zinc dépassent encore les valeurs jugées acceptables pour les espèces aquatiques, et ce, même si les eaux du lac se renouvèlent complètement une dizaine de fois par année.
« L’élimination de toutes les sources de contamination ne suffit tout simplement pas pour assurer le rétablissement rapide d’un lac aussi contaminé que le lac Dauriat », explique le professeur Pienitz.
La même conclusion s’applique aux lacs du sud du Québec, poursuit le chercheur : « Même si on cesse de polluer et qu’on plante des arbres sur les berges d’un lac, il faut de nombreuses années avant que les conditions redeviennent ce qu’elles étaient. Le recours à des procédés technologiques, comme le scellage des sédiments, peut accélérer les choses, mais ce n’est pas applicable à tous les plans d’eau. Croire que l’on peut retourner rapidement un lac à son état naturel est utopique et dénote une méconnaissance de l’écologie aquatique », conclut Reinhard Pienitz.
Outre le professeur Pienitz, les auteurs de l’étude sont Laurence Laperrière (Université Laval), Marie-Andrée Fallu (UQTR), Sonja Hausmann (Université d’Arkansas) et Derek Muir (Environnement Canada).