La préservation de la biodiversité des poissons d’eau douce est devenu l’un des défis des pays du Sud, selon une nouvelle étude de l’Ird.
Depuis que l’être humain dispose de moyens techniques lui permettant d'être présent et de se déplacer rapidement sur tous les continents, il est devenu un vecteur important de la diffusion des espèces en dehors de leur écosystème d'origine, ce qui est une menace pour la biodiversité, notamment celle des poissons d’eau douce.
Cependant, aucune étude scientifique d’envergure mondiale n’avait encore permis de mesurer son implication dans l’établissement d’un groupe d’espèces entier au sein d’un milieu naturel donné.
Or, les travaux que vient de publier une équipe internationale, parmi lesquels figurent des chercheurs de l’université Paul Sabatier de Toulouse, de l’IRD et du CNRS, permettent, pour la première fois à l’échelle planétaire, de mieux comprendre les processus conduisant à l’implantation de poissons d’eau douce dans les bassins hydrographiques.
Cette étude, qui a porté sur plus de 1000 fleuves abritant près de 10 000 espèces de poissons d’eau douce, démontre que l’on doit principalement aux activités humaines l’établissement de poissons « non-natifs » ou exotiques. Alors que ce phénomène affecte surtout les écosystèmes fluviaux des pays du Nord, les bassins hydrographiques des pays en voie de développement, hébergeant la majeure partie de la biodiversité piscicole, pourraient, si l’on n’y prend pas garde, subir le même sort dans le contexte de croissance économique qu’ils connaissent aujourd’hui.
A partir de ces données, les chercheurs ont identifié sept « points chauds » d’invasion d’espèces : la côte Pacifique d’Amérique du Nord et d’Amérique Centrale, la Patagonie, le sud et l’ouest de l’Europe, l’Afrique du Sud et Madagascar, l’Asie centrale, le sud de l’Australie et la Nouvelle-Zélande.
Ces résultats suggèrent ainsi que le développement économique prévu dans les pays en voie de développement devrait s’accompagner d’une augmentation du nombre d’espèces exotiques de poissons d’eau douce. Sachant que les invasions biologiques sont considérées comme l’une des principales causes de l’érosion de la biodiversité, un tel scénario serait probablement préjudiciable au maintien de la biodiversité aquatique de ces régions.
Or, d’après cette même étude, des écosystèmes fluviaux exceptionnels comme le bassin de l’Amazone en Amérique du Sud ou celui du Congo en Afrique centrale, sont encore très peu affectés par le phénomène d’introduction d’espèces piscicoles. Sur les 3000 espèces de poissons répertoriées dans le fleuve Amazone, on ne dénombre par exemple pas plus de 1% d’espèces exotiques.
Alors que bon nombre de pays du Sud voient leur croissance économique décoller, ce genre d’étude devrait, à l’avenir, contribuer à la mise en place d’une veille efficace dans la surveillance des espèces exotiques s’installant dans les milieux naturels les plus riches en biodiversité et permettre ainsi l’application du principe de précaution avant qu’elles ne deviennent envahissantes.
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