Expédition 48° Nord : Jean-Gabriel Chelala et son bateau dans les starting-blocks. Cela fait maintenant 3 semaines que Jean Gabriel Chelala 27 ans, a posé son vélo à Lagos après avoir avalé les 2.000 premiers kilomètres de son tour du monde à la seule force humaine, débuté le 13 janvier dernier à Paris.
Le jeune aventurier est désormais dans l’attente de pouvoir attaquer les prochains 8.000km de son expédition écologique : rien de moins que la traversée de l’Atlantique en pédalant toujours et encore !
Après 15 jours de préparations et finitions, le « bateau à pédale » conçu pour l’Expédition 48°Nord, plans signés Guy Saillard et construit à la Ciotat est techniquement prêt. Le « cyclomer » de 7,50 mètres de long sur 1,60 mètres de large sera propulsé par la force des mollets du jeune aventurier et actionnera une hélice de 50cm de diamètre. La vitesse théorique développée par l’engin doit être de 3 nœuds moyen. Le frêle esquif est conçu pour faire face aux remous de l’atlantique : insubmersible, un système de contrepoids et une galette permettent de limiter les chavirages et de s’auto-redresser. Le bateau pèse 500 kg à plein, il est équipé d’une cabine de vie avec couchage à l’arrière et d’une cabine de stockage à l’avant.
L’embarcation construite en mousse époxy est résistante et légère. « Avec tout le bazar que je dois emmener, il vaut mieux que le bateau soit léger pour me permettre d’avancer un minimum et ne pas couler » plaisante le jeune ingénieur breton. En effet, chaque détail compte pour la sécurité et la liste du matériel est longue : téléphone satellite, une radio VHF portable étanche pour la communication ; détecteur radars, réflecteur radar, feux de positionnement bâbord tribord, flash light pour être vu ; balise de détresse et de positionnement, combinaison de survie, harnais, ligne de vie, pompes de cale, ancres flottante … sans compter les cordages, la liste n’est pas exhaustive.
« Sur ce genre de traversée, une des conditions de réussite est de garder une vigilance soutenue en permanence sur des choses aussi simple que d’attacher automatiquement la ligne de vie même juste pour mettre le bout du nez dehors ou encore de ne jamais laisser le hublot ouvert car une vague peut survenir même quand tout semble calme » explique le franco-libanais.
Question navigation, le « marin-pédaleur » s’est équipé d’un ordinateur étanche avec cartes marines et logiciels de navigation fourni par Maxsea, et recevra par satellite les fichiers météo envoyés par son routeur, Mayeul Riffet, qui lui indiquera les tendances à prendre en compte.
Rejoint par Matthieu Roux, le préparateur du bateau, et avec l’aide des électriciens du camping Turiscampo et du chantier naval de Lagos Sopromar, le cyclo aventurier a pu apporter les dernières finitions sur l’appareillage du bateau et sur l’électricité, sans qui, tous les appareils essentiels à la vie à bord ne fonctionneraient pas. Autant dire une question de vie ou de mort.
Question nourriture, là aussi il ne faut pas transiger : nourriture lyophilisée, barres de céréales, pain, fruits secs, conserves, … ont été soigneusement empaquetés et les calories ont été comptabilisées. C’est 262.000 kcal soit le nécessaires pour 2,5 mois (hors réserves supplémentaires), qui seront embarquées. Sur cette partie de l’Atlantique, la chaleur ne permettant pas d’emmener des produits frais ou périssables à cause de la température, le franco-libanais compte donc s’essayer à la pêche.
Coté eau, le bateau est équipé d’un dessalinisateur qui produit 5 litres par heure. « Je prends tout de même 18 litres d’eau minérales par sécurité. J’emmène également une bouteille de vin que l’on m’a offert spécialement pour cette traversée. Ce sera mon petit pêcher mignon, je ne sais pas encore à quel moment je l’ouvrirai ni dans quel état d’esprit » confie-t-il.
A coté des questions techniques, de la météo, de la difficulté physique ou d’éventuels pépins de santé, le plus gros défi pour Jean-Gabriel sera le mental et surmonter la solitude. « Je pense que c’est vraiment la grosse difficulté de ce voyage, celle qui peut me faire échouer le plus facilement mais j’ai tellement envie d’y être et de me battre avec ça. Je boue d’impatience de partir, de vivre cette expérience et d’avoir le sentiment que l’aventure continue et prend une nouvelle dimension avec cette traversée ».
Pour seul loisir, le jeune navigateur emmènera un baladeur mp3, et quelques livres : Bienheureux les fêlés (Philippe Bloch), le guide des étoiles, le Petit Prince, Fou de l’Inde, Médecine en milieu extrême (Jean-Louis Etienne) … une sélection pour le moins éclectique qui joint l’utile à l’agréable.
Il faudra de la force dans les jambes pour parcourir ces 8.000km jusqu’à Jacksonville en Floride … et pas question de s’alléger pour avancer plus vite : il faut pouvoir stocker tous les déchets jusqu’à l’arrivée aux Etats-Unis !
Mais pour l’instant l’embarcation nommé Globe Expéditions, faute de sponsors, attends toujours à Lagos, suspendu à une météo qui devrait être plus clémente d’ici la fin de la semaine et aux accords des autorités portugaises qui constituent a eux seuls un défi supplémentaire pour Jean-Gabriel Chelala.