Un an et demi après son départ du port de Lorient pour les glaces de l’Océan Arctique, la boucle est bouclée pour la goélette Tara. Tara a rejoint Lorient dans la journée de samedi. A son bord : tous les équipages, Etienne Bourgois, directeur de l'expédition, et Jean-Claude Gascard coordinateur du programme Damocles. 5 000 personnes étaient massées à l'avant port pour assister au retour de Tara des glaces de l'Arctique.
Pour Jean-Claude Gascard, « l’Océan Arctique est entré dans une mutation profonde et rapide », « bien au delà de toutes les prévisions ». Pour Etienne Bourgois si « c’est la fin d’un voyage, (…) c’est (aussi) une formidable envie de garder espoir mais aussi de comprendre ce qui se passe sur le plan climatique pour agir, sensibiliser. Saisir la réalité, prendre le pouls de la planète sans se voiler la face et expliquer simplement. »
Toutes les données collectées pendant un an et demi commencent à être dépouillées. Ce travail va servir à de nombreux scientifiques, chercheurs, pour « comprendre à quelle échéance la glace peut fondre et les conséquences climatiques que de tels changements peuvent engendrer. Comment quantifier aussi ces évènements, quels sont les risques. »
Pour Etienne Bourgois l’expédition Tara Artic lui a fait « comprendre ce que signifiait consommer. Consommer aveuglément. Sans retenue, sans se soucier des conséquences. Sur Tara, dans les glaces, l’eau se méritait, exigeait un travail, donc se respectait et ne se consommait pas comme ça. »
« On ne peut pas couper tout demain sous prétexte de sauver la planète. Je vais encore me servir de ma voiture, chauffer ma maison. Je pense qu’il faut simplement vivre avec nos contradictions et essayer de les résoudre mais pas en jetant l’eau du bain et le bébé (…) La pollution ne s’arrête pas à la clôture. Ce n’est pas en repoussant discrètement tout chez le voisin qu’on résout une question de citoyenneté planétaire (…) Pour agir en écologie, et ne plus seulement parler d’environnement, il faut sortir d’un monde individualiste. C’est la clé » ajoute Etienne Bourgois au retour de l’expédition Tara dans les glaces de l’Arctique.
Il y a quelques jours, Jean-Claude Gascard déclarait que l’équipe avait constaté « un retrait majeur de la banquise que nous avons constaté au cours de l’été 2007. Nous ne nous y attendions pas et tous les modèles de prévision s’y attendaient encore moins. Nous avons perdu en surface de glace, 1,5 million de km2, ce qui équivaut à trois fois la surface de la France. Cela correspond également à 40% de glace de mer en moins en été si l’on compare l’étendue de la banquise arctique en été 2007 (4 millions de km2) avec celle de l’été 1979 (7 millions de km2) quand les premières observations de satellites furent lancées. »
« Ensuite la dérive a entraîné Tara à une vitesse deux à trois fois plus élevée que ce que nous avions prévu sur la base de données statistiques fiables déduites de 20 années d’observations à partir de bouées dérivantes en Arctique » avait-il ajouté.
Tara, qui devait dériver pendant deux années, est sorti de l’Océan Arctique par le détroit de Fram avec 8 mois d’avance. « Il est fort probable que la glace en devenant plus mince, soit aussi devenue plus mobile et donc soit entraînée plus facilement par les vents. » « En effet nous avons bien constaté un amincissement de 50% des glaces de mer en 20 ans ».
Le retrait massif de la banquise aura aussi pour conséquence de chauffer l’océan superficiel et de retarder la reprise du gel tant que l’atmosphère n’a pas évacué toute cette chaleur accumulée dans l’océan.
Pour l’instant les données de la mission Tara Damocles remplissent les mémoires de disques durs, un premier bilan chiffré sera présenté lors de la prochaine Assemblée générale de Damocles en novembre 2008.