Alors que l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl serait, pour de nombreuses associations, à l’origine de la hausse du nombre de patients atteints par un cancer de la thyroïde, une étude canadienne tend à démontrer que la hausse du cancer de la thyroïde serait plutôt le fait d’un meilleur dépistage.
Selon ces chercheurs canadiens qui ont publié un article dans la revue intitulée « The Canadian Medical Association Journal » de novembre, « de récents rapports provenant de l’Amérique du Nord et de l’Europe ont documenté une augmentation annuelle de l’incidence du cancer différencié de la thyroïde. »
Ils ont donc « cherché à analyser le lien entre les taux de détection, la taille de la tumeur, l’âge et le sexe » et l’augmentation du nombre de cancer de la thyroïde en Ontario (Canada).
À partir du Registre du cancer de l’Ontario, les chercheurs ont repéré 7422 cas de cancer différencié de la thyroïde diagnostiqués entre le 1er janvier 1990 et le 31 décembre 2001. Ils ont obtenu des rapports de pathologie sur un échantillon aléatoire de 10 % des 7422 patients pour chaque année de la période à l’étude. L’échantillon représentait toutes les régions d’Action Cancer Ontario. Les chercheurs ont ensuite comparé la taille de la tumeur des patients selon l’année, le sexe et l’âge.
Comme les chercheurs « s’y attendait, l’incidence du cancer différencié de la thyroïde a augmenté au cours de la période de 12 ans. On a réséqué un nombre significativement plus élevé de petites (≤ 2 cm) tumeurs non palpables en 2001 qu’en 1990 (p = 0,001). L’incidence des tumeurs de 2 à 4 cm de diamètre est demeurée stable. »
« Lorsque nous avons analysé les différences au niveau des taux de détection des tumeurs selon l’âge et le sexe, nous avons observé une augmentation disproportionnée du nombre de petites tumeurs détectées chez les femmes et chez les patients de plus de 45 ans. »
Pour les chercheurs, plus de doute possible, « nos constatations indiquent que l’utilisation plus fréquente de l’imagerie médicale a entraîné une augmentation du taux de détection des petites tumeurs sous-cliniques, ce qui explique en retour la hausse de l’incidence du cancer différencié de la thyroïde. Nous en avons conclu qu’il nous faut réévaluer notre compréhension des tendances de l’incidence du cancer de la thyroïde. »
Gageons que, malgré les résultats de cette recherche, la polémique entre l’accident de Tchernobyl le 26 avril 1986, et le lien éventuel avec le nombre de cancers de la thyroïde survenus en France depuis plus de 20 ans, ne s’éteindra pas.
La question de savoir si l'augmentation des cancers de la thyroïde observée depuis 20 ans serait liée au passage du nuage radioactif qui a survolé la France après l’accident du réacteur nucléaire de Tchernobyl, ou si cette augmentation est plutôt la conséquence de l’amélioration des techniques de dépistage, risque de ne pas trouver encore de réponse dans l’immédiat, d’autant que les régions survolées par ce nuage radioactif semble rencontrer les augmentations les plus significatives de tumeurs de la thyroïde, notamment en Corse.