L’Union Européenne et les Etats-Unis s’accusaient mutuellement mardi de bloquer un accord pour lancer les négociations sur un nouveau traité de lutte contre le changement climatique, alors que l’heure tourne à la conférence des Nations Unies à Bali.
Les Nations Unies ont prévenu les 190 nations participant au meeting, qui devrait s’achever vendredi, qu’une impasse continue signifierait qu’il y avait un risque pour que les négociations s’effondrent comme un « château de cartes » et freine ainsi les efforts internationaux pour limiter le changement climatique.
La conférence de Bali du 3 au 14 décembre est divisée sur la directive qui lancera deux ans de négociations officielles pour trouver un accord qui succédera au protocole de Kyoto, le pacte des Nations Unies de limitations des émissions de gaz à effet de serre pour toutes les nations industrialisées à l’exception des Etats-Unis, jusqu’à 2012.
« Nous sommes un peu déçus que le monde entier attende toujours les Etats-Unis » a déclaré Humberto Rosa, secrétaire d’état pour l’environnement du Portugal. Le Portugal détient la présidence tournante de l’Union Européenne cette année, et Humberto Rosa est le principal négociateur de l’Union Européenne à Bali.
»Les Etats-Unis utilisent de nouveaux mots sur ces questions de l’engagement et du leadership, mais les mots ne suffisent pas. Nous avons besoin d’action. C’est le seul principal sujet de blocage » a-t-il déclaré à Reuters.
Les Etats-Unis, le Japon, le Canada et l’Australie s’opposent aux efforts menés par l’Union Européenne pour inclure un objectif non contraignant pour les nations riches de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre de 25 à 40% en dessous des niveaux de 1990 d’ici 2020, comme un principe de base pour les discussions futures.
Les Etats-Unis ont ré-affirmé leur position, c’est-à-dire qu’ils se joindraient à un nouveau traité, qui devrait être finalisé à Copenhague fin 2009 avec la participation des pays en développement comme la Chine et l’Inde, mais qu’il ne fallait pas fixer un objectif qui pré-déterminerait du résultat des négociations de deux ans.
« Ceux qui suggèrent que l’on peut trouver magiquement un accord sur les chiffres alors qu’on vient juste de commencer les négociations, constitue en eux-mêmes un élément de blocage » a déclaré James Connaughton, Président du Conseil de la Maison Blanche pour la Qualité de l’Environnement.
« Nous mènerons, nous continuerons à mener. Mais le leadership demande aussi que les autres suivent » a-t-il indiqué. La politique climatique des Etats-Unis est d’investir fortement dans les nouvelles technologies telles que l’hydrogène et le « charbon propre », sans réductions du style de celles de Kyoto.
L’objectif de 25 à 40% de réduction pour les nations riches a été donné dans des études réalisées par le Groupe Intergouvernemental d’Experts des Nations Unies sur le Changement Climatique cette année, qui accuse le genre humain de provoquer le changement climatique et recommande d’agir rapidement pour éviter plus d’inondations, de sécheresses, la fonte des glaciers et l’augmentation du niveau des mers.
Par ailleurs, le militant climatique et ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore, est arrivé à Bali pour faire un discours aux délégués à propos des risques du changement climatique.
Ces deux dernières semaines, la conférence de Bali a accepté les propositions de financement pour aider les nations pauvres à s’adapter au changement climatique et sont sur le point de parvenir à un accord pour compenser les nations pauvres pour leur travail de ralentissement de la déforestation. Il y a cependant des divisions sur des questions telles que l’aide financière ou le partage des technologies entre les pays développés et les pays en développement.
« Je suis très inquiet à propos du rythme auquel vont les choses » a déclaré Yvo de Boer, directeur du Secrétariat des Nations Unies pour le Changement Climatique.
Il a déclaré que tout effondrement des négociations de Bali, impliquant un délai du lancement des négociations officielles pour un prochain meeting qui aura lieu fin 2008 en Pologne, pourrait nuire à l’élan du mouvement de lutte contre le changement climatique acquis cette année.
Mais Elil Salim, principal négociateur de l’Indonésie, a déclaré qu’il était encore temps de trouver un accord, et que les négociations pourraient bien durer jusqu’à samedi matin.
Les négociateurs gardent leur « jeu caché jusqu’au jour final » a-t-il déclaré avec un sourire aux journalistes.
« Bali est le début d’un processus. Ce n’est pas la fin. Ce qui signifie que si on n’obtient pas d’accord aujourd’hui, on ira en Pologne et les négociations continueront. Donc s’il n’y a pas d’accord à Bali, ça ne veut pas dire que c’est une catastrophe ».