Les pays riches ont moins d’un mois avant de devoir commencer à atteindre leurs objectifs de réductions des émissions dans le cadre du protocole de Kyoto, qui vise à lutter contre le changement climatique.
Pourtant, 16 des 36 nations industrialisées qui se sont engagées à réduire leurs émissions sous Kyoto sont bien au-dessus de leurs objectifs qui doivent être atteints entre 2008 et 2012, et devront sans doute acheter des compensations de dioxyde de carbone pour pouvoir les atteindre, ce qui a suscité des critiques au sein de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Bali.
« Il y a ce sentiment parmi les pays les plus pauvres qu’un certain nombre d’engagements dans ce domaine, des engagements du passé, n’ont pas été tenus et seront oubliés quand on passera à un nouvel accord » a déclaré Yvo de Boer, directeur du secrétariat des Nations Unies pour le changement climatique.
Près de 190 nations se réunissent à Bali pour essayer d’initier un processus de deux ans de discussions qui déboucheront sur la conclusion d’un accord qui succèdera à Kyoto en 2013. L’objectif est de se mettre d’accord sur un pacte climatique plus large unissant les pays pauvres et les pays riches, parce que les objectifs du protocole de Kyoto ont été jugés trop faibles pour le plus long terme.
Kyoto oblige les pays riches à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5% en moyenne d’ici 2008-2012 par rapport aux niveaux de 1990, mais leur permet de payer les pays en développement pour compenser les émissions qu’ils n’auront pas pu réduire, via un système de crédits de dioxyde de carbone et de compensations.
Même si Kyoto est entré en vigueur en 2005, sa période d’engagement ne commence que le 1er janvier 2008 et dure jusqu’à 2012.
Certains pays en développement, dont le Brésil, pensent que les nations riches devraient réduire davantage leurs propres émissions de gaz à effet de serre, en limitant leur consommation d’énergies fossiles, avant de chercher de nouvelles manières de financer des réductions bons marchés dans les pays pauvres telles que la réduction de la déforestation. La déforestation contribue largement au changement climatique.
En se concentrant sur une action locale, l’Union Européenne a proposé une limite de 10% sur les compensations pour atteindre son objectif de réduire d’un cinquième ses émissions d’ici 2020, a indiqué Yvo de Boer.
L’Union Européenne devrait donner plus de détails sur cette mesure le mois prochain.
Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le Protocole de Kyoto, en disant en 2001 qu’il excluait à tort les pays en développement tels que la Chine et l’Inde des réductions, et a ajouté cette semaine que le système de compensations avait permis aux émissions de l’Union Européenne d’augmenter malgré les limites imposées par Kyoto.
« Les émissions de six des quinze membres les plus anciens de l’Union Européenne ont augmenté en 2005, ces six états se trouvant ainsi avec des émissions 2% inférieures aux niveaux de 1990, alors que dans le cadre de Kyoto ils devaient réduire ces émissions de 8%.
« Les émissions augmentent, dans ce contexte, Kyoto ne fonctionne pas » a déclaré Harlan Watson, directeur de la délégation américaine à Bali. « Je pense que l’Union Européenne atteindra ses objectifs via les mécanismes de compensations de dioxyde de carbone ».
Le schéma de compensations de dioxyde de carbone de Kyoto, appelé Clean Development Mechanism (Mécanisme de Développement Propre) permet aux pays riches d’atteindre leurs objectifs d’une façon assez peu coûteuse, et aux nations en développement de réduire leurs émissions.
L'organisme des Nations Unies en charge du mécanisme de compensations a déclaré mercredi que les projets actuels de compensations pourraient permettre d’économiser 500 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an entre 2008 et 2012, soit l’équivalent des émissions annuelles de l’Australie.
Mais de nombreux pays en sous-développement, dont le Kenya, la Tanzanie, l’Ethiopie, le Vietnam, le Bengladesh et l’Indonésie ont déclaré lors de la conférence qu’ils étaient biaisés et qu’ils ne profitaient pas des bénéfices de ce système de compensations. C’est en partie parce que les compensations de dioxyde de carbone payent les compagnies pour qu’elles réduisent leurs émissions et ne favorisent pas les pays africains qui ont peu d’émissions.