El Niño est affecté par le réchauffement de la planète, selon L'Institut de recherche pour le développement (IRD) qui a pour mission de développer des projets scientifiques centrés sur la relation entre l'homme et son environnement dans la zone intertropicale.
Les manifestations climatiques et océaniques d’El Niño affectant notamment les régions côtières, qui s’étendent du sud de l’Equateur jusqu’au Chili central, ont une périodicité de l’ordre de 2 à 7 ans depuis plusieurs milliers d’années.
Or, ce phénomène climatique également appelé El Niño Southern Oscillation (ENSO) est pourtant loin d’avoir dévoilé tous ses secrets. Une équipe de chercheurs de l’IRD en collaboration avec des organismes de recherche chiliens vient d’obtenir des éléments d’information inattendus sur l’évolution récente du système El Niño Southern Oscillation.
A partir de l’étude de carottes sédimentaires marines, ils ont pu retracer les changements de modalités d’ENSO depuis le XVIIème siècle jusqu’à nos jours.
Les scientifiques ont ainsi mis en évidence une baisse d’environ 2°C de la température des eaux du courant de Humboldt, entre 1820 et 1878.
Cette période qui correspond à la fin du Petit Age Glaciaire coïncide pourtant avec un réchauffement de la Terre. L’explication de ce paradoxe, tirée de l’analyse détaillée des divers composants des carottes sédimentaires, fait intervenir les interactions complexes qui existent entre la circulation atmosphérique, les courants marins et les vents alizés qui provoquent les remontées d’eau froide le long des côtes Pacifique d’Amérique du Sud.
Le phénomène climatique El Niño, littéralement « l’Enfant Jésus », a été nommé ainsi parce qu’il survient généralement au moment de Noël le long des côtes péruviennes. Ce mode de variabilité du climat également appelé ENSO résulte d’une série d’interactions entre l’atmosphère et l’océan tropical.
Il se manifeste par des sécheresses dans des régions abondamment arrosées et, à l’inverse, par des pluies et des inondations dans des zones habituellement désertiques.
Les scientifiques qualifient ce phénomène de « quasi-cyclique » car sa périodicité, qui varie de 2 à 7 ans, ne présente aucune régularité. Suite aux recherches effectuées depuis 25 ans par les océanographes, les climatologues et les météorologues, les mécanismes à l’origine d’un événement El Niño sont désormais mieux connus. Il est en revanche plus difficile de comprendre l’influence des autres modes de variabilité du climat sur le régime ENSO. Plus fréquence du phénomène sont susceptibles d’être modifiées dans un contexte de réchauffement planétaire.
Les travaux que vient de publier une équipe composée de scientifiques chiliens et de l’IRD apportent un éclairage nouveau sur la variabilité d’El Niño. Plusieurs paramètres géochimiques contenus dans une carotte de sédiments prélevée par 80 mètres de fond dans la baie de Mejillones, située dans le nord du Chili, ont été mesurés dans le cadre de cette étude. L’analyse de sous-produits de la décomposition des diatomées, algues planctoniques unicellulaires, a permis la détermination précise de l’évolution de la température de surface de l’océan dans cette région entre 1650 et 2000. Une diminution de plus de 2°C a été constatée entre 1820 et 1878.
Cette baisse de température a également été détectée dans deux carottes recueillies près des côtes sud-américaines, à plus d’un millier de kilomètres au nord et au sud de Mejillones.
Pour l’IRD, reste maintenant à déterminer si la très forte intensité des deux événements qui se sont produits à la fi n du Xxème siècle, en 1982-1983, puis en 1997-1998, est effectivement liée à une intensification récente du réchauffement terrestre. Si cela était effectivement le cas, le phénomène El Niño pourrait alors devenir de plus en plus intense et destructeur sur les côtes d’Amérique du Sud, mais aussi dans d’autres régions du globe.