Le prix du baril de pétrole ne cesse d’augmenter et vient à présent flirter avec les 100 dollars. En conséquence, le prix du baril de vent rapporté au baril de brut s’allège, ce qui laisse présager une nouvelle embellie du marché de l’éolien qui connaît déjà une forte croissance depuis 5 ans.
Le marché de l’éolien connaît une forte croissance depuis 5 ans et le cours du pétrole toujours plus haut laisse présager que le marché de l’éolien n’en est qu’à ses balbutiements.
Selon ALCIMED, une société de conseil et d’aide à la décision appliquée aux sciences de la vie et à la chimie, en 2006, l’éolien représentait une capacité totale installée de 70 GW dans le monde et de 48 GW en Europe soit un parc approximatif de 50 000 éoliennes quasi exclusivement onshore (terrestres). Sa capacité totale installée en Europe devrait atteindre 85 GW en 2010.
Dans ce contexte, l’industrie éolienne s’organise pour répondre à une demande galopante, tant sur l’onshore, déjà bien développé, que sur l’offshore (marin) qui émerge actuellement. Ces deux filières sont confrontées à des enjeux technologiques, industriels et économiques différents, pour répondre aux prévisions européennes.
Le défi de l’industrie éolienne onshore est celui de réussir à augmenter les capacités de production des éoliennes aussi rapidement que la demande. L’année 2006 a connu un boom de la demande en éoliennes : les délais de livraison, habituellement de l’ordre de 6 mois, ont dépassé 12 mois pour parfois atteindre jusqu’à 18 mois… Même si les fabricants d’éoliennes ont investi dans de nouvelles usines, ces actions n’ont pas encore eu d’effet sur les délais de livraison.
« Jusqu’en 2005, certains fournisseurs avaient encore des doutes sur l’évolution du marché et n’ont pas anticipé un tel boom de la demande en éoliennes. Des goulots d’étranglement persistent notamment au niveau des boîtes de vitesse et des grands roulements à billes », commente Emilia Allez, ingénieur d’études au département Energie d’ALCIMED.
Cette situation tendue devrait revenir à la normale entre 2010 et 2012. Si l’on considère l’exemple des producteurs de grands roulements à bille, seules SKF et FAG sont capables de produire ces roulements spécifiques au marché éolien. « Ces deux sociétés ont initié l’augmentation de leurs capacités de production en Europe et ont aussi créé des nouvelles usines en Asie pour desservir un marché local, lui aussi en plein boom », commente Vincent Pessey, responsable de missions au département Energie d’ALCIMED. Ceci devrait permettre d’alléger la pression qui existe aujourd’hui sur les sites de production européens.
De plus, le marché éolien est encore très « jeune ». Il se structure notamment autour de l’arrivée de nouveaux fabricants d’éoliennes aux forts pouvoirs d’achat et de l’intégration verticale des fabricants déjà présents, depuis la production des pièces détachées jusqu’à l’installation. Ceci devrait permettre de mieux réguler la supply chain dans le futur.
Le défi de l’industrie éolienne offshore est celui de faire face aux barrières technologiques. En 2006, le parc éolien offshore mondial était de 900 MW exclusivement situés en Europe (continent où l’industrie éolienne est née), ce qui ne représentait que 2% du parc éolien total. Les machines offshore ont initialement été développées à partir des modèles terrestres : ce sont des installations modérément complexes qui se situent sur des zones proches des côtes et en eaux peu profondes comme les bancs de sable.
« Le réel enjeu de l’éolien offshore sera de coloniser la haute mer. Les avantages des sites en haute mer sont nombreux (vents constants, grandes zones vierges, impacts visuels négligeables), mais le défi technologique est de taille », ajoute Simon Vinot, ingénieur d’études au département Energie d’ALCIMED.
En premier lieu, les acteurs travaillent au développement de structures flottantes supportant les éoliennes et résistant aux sollicitations de l’environnement marin : vagues ou encore rafales de vent. Ces structures qui n’existent pas encore devront être économiquement compétitives.
Ainsi, le DOE américain s’est fixé comme objectif de limiter ce coût à 25% du coût total de l’éolienne (installation comprise) afin de rester en ligne avec un kWh éolien offshore à 0,5$. En ce qui concerne l’installation des éoliennes et les coûts associés, des procédés standard sont également à définir. Sur ces deux points, des synergies avec l’industrie pétrolière sont envisagées afin de bénéficier de l’expérience acquise autour des plates-formes offshore.
Enfin, les éoliennes pour l’offshore sont à améliorer techniquement : pour affronter le milieu marin, elles doivent être spécialement protégées contre la corrosion, et pour profiter pleinement des vents, leur taille doit être augmentée. Les dessins de pales sont à repenser, il faut installer des générateurs plus gros et les comportements dynamiques d’éoliennes à revoir. La plus grosse éolienne (5 MW) est actuellement en phase de test aux Pays-Bas.
Les progrès techniques sont en cours et les acteurs travaillent à coloniser progressivement les zones marines à partir de la côte. Cependant, la part de l’éolien offshore en 2010 sera toujours négligeable, son réel essor n’étant prévu qu’à partir de 2015.