Fin brutale des glaciations, une nouvelle hypothèse alimente le débat sur le rôle des gaz à effet de serre dans le réchauffement climatique. L’histoire climatique de la Terre est marquée par des alternances entre périodes glaciaires (froides) et périodes interglaciaires (chaudes).
La Terre connaîtra-t-elle un nouvel « âge de glace » ? D’après la théorie de Milankovitch, ce phénomène ne devrait se produire que dans plusieurs milliers d’années, alors que pendant ce temps, la Terre se réchauffe à un rythme qui inquiète les scientifiques ! Nous vous livrons le point de vue du CNRS sur cette théorie.
Si des théories expliquent le phénomène cyclique de réchauffement et de refroidissement de la planète, les scientifiques n’ont toujours pas élucidé la rapidité avec laquelle ces grandes variations climatiques interviennent.
En proposant une nouvelle hypothèse, des chercheurs américains suscitent une controverse sur l’impact climatique réel des gaz à effet de serre, nous apprend le CNRS.
Le cycle des glaciations s’explique classiquement par la théorie astronomique de Milankovitch. Cette théorie n’est cependant pas suffisante pour rendre compte à elle seule de l’arrêt brutal d’une période glaciaire et d’une remontée de la température moyenne de plusieurs degrés en quelques dizaines ou centaines d’années, estime le CNRS.
Dans une publication récente, deux chercheurs américains de l’Université Columbia de New York proposent une nouvelle hypothèse, selon laquelle une modification des courants océaniques dans l’océan Arctique, doublée d’une phase de réchauffement du cycle de Milankovitch, serait suffisantes pour provoquer la fin rapide d’une période glaciaire.
Selon ces paléoclimatologues, l’extension de la couche de glace au-dessus de l’Arctique et d’une façon générale dans l’hémisphère nord, lors d’une glaciation, aboutit à un isolement climatique et océanographique de cette région. D’une part, l’air polaire, froid et sec, ferait chuter les apports atmosphériques en eaux douces dans l’océan Arctique. D’autre part, l’extension de la banquise limiterait le réchauffement de cet océan en réduisant ses connexions avec les autres mers du globe, ajoute le CNRS.
La diminution de l’apport d’eau douce dans l’océan Arctique provoquerait une augmentation de la salinité des eaux froides de surface. Ce déséquilibre créerait alors, une circulation verticale des eaux océaniques sous la banquise : les eaux profondes, plus chaudes et plus légères, remonteraient en surface tandis que les eaux froides, plus salées et donc plus lourdes, descendraient vers le fond. La remontée d’eau chaude réchaufferait alors les eaux de surface, provoquant la fonte de la glace de mer.
L’élévation de température de l’océan se propagerait à l’atmosphère au-dessus de l’inlandsis, accélérant encore la fonte des glaces. La baisse de l’albédo engendrée par la diminution de la surface réfléchissant les rayons solaires amplifierait ce phénomène de réchauffement : une plus grande quantité de chaleur du soleil serait alors absorbée par l’océan et le sol au lieu d’être renvoyée vers l’espace par réflexion.
Cette nouvelle théorie américaine est cependant controversée précise le CNRS. Si les effets combinés de plusieurs facteurs impliqués dans l’arrêt brutal des épisodes glaciaires ne sont pas contredits, le fait que ces chercheurs n’aient pas pris en compte le rôle des gaz à effet de serre (CO2 et méthane) ainsi que celui des poussières atmosphériques, suscite des réactions parmi les spécialistes.
Ces omissions sont notamment soulevées par Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (Unité Mixte de Recherche CEA-CNRS), sur un forum de discussion dédié aux sciences du climat "RealClimate". (Qu’est ce qui déclenche les glaciations ?). Les gaz à effet de serre, et plus particulièrement le CO2, seraient responsables pour moitié de l’élévation de température lors de la fin d’une glaciation.
D’après de récentes études, auxquelles participent des chercheurs du Laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (Unité Mixte de Recherche CNRS-Université de Grenoble) et du laboratoire de Valérie Masson-Delmotte, les gaz à effet de serre ainsi que les poussières atmosphériques joueraient un rôle important dans l’augmentation de température entre deux glaciations.
Cependant, si le débat reste ouvert sur les mécanismes impliqués dans les oscillations climatiques de la planète, les reconstitutions paléoclimatiques devraient permettre aux scientifiques de mieux appréhender l’impact des gaz à effet de serre d’origine anthropique sur l’évolution du climat actuel !