Alors que le voilier Tara dans les glaces arctiques terminera son errance sur la banquise arctique avant Noël, le programme de surveillance de la fonte de la banquise arctique confirme les craintes des chercheurs.
La banquise arctique fond beaucoup plus vite que prévu, en témoigne les neuf à dix mois d'avance du voilier Tara sur les délais initialement prévus pour se « sortir » des glaces de la banquise arctique.
Le voilier Tara mène des recherches dans le cadre du programme européen Damoclès visant à étudier la banquise arctique, or le voilier Tara a effectué son trajet trois fois plus rapidement ce que les modèles avaient prévu, a annoncé le CNRS.
La mission Damocles, en partance pour l'Arctique le 21 août dernier, relever un défi essentiel pour mieux cerner l'ampleur du réchauffement climatique : observer pendant deux ans l'évolution de l'épaisseur de la banquise, annonçait le CNRS, qui doit revenir sur le délai de cette étude qui sera écourtée de presque 10 mois.
Projet pilote de l'Union européenne pour l'Année polaire internationale, Damoclès, a déjà permis d'établir que la fonte de la glace de mer en Arctique avait été exceptionnelle pendant l'été et que l'épaisseur moyenne de la banquise n'était plus que de 1,5 mètre, au lieu des 3 mètres observés il y a trente ou quarante ans.
Une longue série de faits indiquent tous la même conclusion : le réchauffement global s'emballe au pôle Nord et les modèles s'accordent pour déclarer que bien avant 2080, les glaces de mer auront presque totalement disparu durant l'été dans l'océan Glacial Arctique. Conséquences : l'océan se réchauffera, l'évaporation augmentera, accentuant la couverture nuageuse, dont les effets sont difficilement prévisibles. Déclenchera-t-elle une augmentation des précipitations neigeuses ou un renforcement de l'effet de serre avec réchauffement et accélération de la fonte des glaces ? Une fonte totale des glaces du Groenland pourrait conduire selon les modèles à une élévation du niveau des mers de 7 mètres ! Un scénario improbable, mais qui conforte l'idée que le pôle Nord est à l'avant-poste du réchauffement climatique.
C'est dans ce contexte que s'inscrit Damocles, un projet phare de l'Union européenne pour l'Année polaire internationale, qui a débuté en mars 2007. Prévu pour quatre ans (2006 à 2009), il rassemble 45 partenaires dans 11 pays de l'Union européenne et s'étend désormais aux États-Unis et à la Russie. Dès septembre prochain, pour lancer la phase expérimentale du projet, tous se retrouveront au « centre de la dérive transpolaire arctique » vers 82° N et 150° E, avec un déploiement impressionnant de moyens : le brise-glace russe, Kapitan Dranitsyn, des hélicoptères, et une base dérivante, la goélette polaire française, Tara.
L'objectif principal de Damocles est de tenter de répondre à la question qui trotte dans tous les esprits : la banquise arctique va-t-elle complètement disparaître en été, bien avant la fin de ce siècle ? De combien s'est-elle amincie et en combien de temps ?
« Nous manquons encore d'informations pertinentes pour répondre à cette question essentielle. Certes, les satellites ont permis de suivre l'évolution de la banquise arctique au cours des vingt-cinq dernières années et révélé que sa superficie a diminué d'environ 3 % par décennie depuis 1979…, avait expliqué Jean-Claude Gascard, coordinateur du projet Damocles au Laboratoire d'océanographie et du climat : expérimentation et approches numériques (Locean). Mais pour estimer le volume de glace de mer ayant fondu dans l'océan Arctique, nous avons besoin de connaître l'épaisseur de la banquise et son évolution dans l'espace et le temps. »
Autre conséquence de la fonte de la banquise arctique, la glace d'eau douce qui recouvre le Groenland, dont l'épaisseur peut atteindre 3 000 mètres, commence à fondre en surface et sur les pourtours de l'île. L'eau douce a pour effet mécanique d’élever le niveau de la mer, une élévation, qui selon certaines experts, pourrait atteindre un mètre, voire plus, à la fin du siècle !