A l’heure où l’environnement anime tous les débats et où les besoins en la matière sont croissants, seuls 9 % du mécénat d’entreprise en France sont dédiés aux problématiques environnementales. C’est ce qui ressort de débats et regards croisés à l’occasion du 15ème anniversaire de la Fondation d’entreprise Procter & Gamble pour la protection du littoral.
Assez nouveau en France et encore sous-développé par rapport aux domaines culturels et sociaux, le mécénat pour l’environnement est malmené, faute d’être bien connu. Facilement accusées de se dédouaner de leurs activités polluantes et de rechercher avant tout à redorer leur « blason environnemental », les entreprises sont encore peu nombreuses à se risquer dans cette voie.
Peu au faîte du monde de l’entreprise et craignant souvent de s’aliéner leurs adhérents et donateurs privés qui restent leur source principale de financement, les associations hésitent à franchir le pas et à contacter des mécènes, et ce malgré leurs besoins grandissants.
Face à ce paradoxe, la Fondation d’entreprise Procter & Gamble pour la protection du littoral a souhaité apporter un nouvel éclairage, créer l’échange et aborder sans tabous le mécénat pour l’environnement en France. Forte de quinze années d’actions innovantes avec le Conservatoire du Littoral, la Fondation a ainsi organisé le 11 octobre dernier, un débat sur le thème « Mécénat environnemental : contre vents et tabous », animé par Jean-Jacques Fresko - rédacteur en chef du magazine Terre Sauvage.
Au cœur des débats, trois questions sensibles ont stimulé les échanges :
L’association « organisme public/entreprise privée » : y a-t-il obligatoirement conflits d’intérêts et de culture ou peut-on trouver la voie d’une entente mutuellement bénéfique ? Prendre le pari de créer en 1992 la Fondation Procter&Gamble pour la protection du littoral était un acte à la fois audacieux et courageux pour les deux partenaires, tant il paraissait idéologiquement peu acceptable pour les mentalités françaises d’associer, d’une part le public et le privé et d’autre part, une multinationale de la lessive avec une agence de protection de l’environnement.
C’est à travers des réalisations concrètes que les deux partenaires au sein de la Fondation ont appris à unir des savoir-faire, à partager des cultures complémentaires et à acquérir des compétences. En définitive, la Fondation est un véritable aiguillon pour le Fondateur P&G puisqu’elle force l’entreprise non seulement à être actif mais surtout exemplaire dans le domaine de l’environnement. Parfaitement applicable aux ONG, cette association animée par l’esprit d’entreprendre a permis d’ouvrir une voie en matière de mécénat environnemental.
Faut-il afficher le mécénat pour l’environnement ou au contraire cacher ces liaisons entre entreprises mécènes et acteurs de l’environnement ? Le mécénat n’est pas un acte commercial. C’est un engagement au service de projets, un échange de visions dont les partenaires attendent un retour, c’est une marche en avant. Bien que le mécénat pour l’environnement soit un sujet cuisant et exposant tant pour le mécène que pour le bénéficiaire, les partenaires doivent avoir la latitude d’assumer pleinement leur engagement et de l’afficher de manière claire et volontariste.
Pour susciter de nouvelles vocations, le mécénat environnemental ne doit pas être silencieux, il doit être partagé. Ce devrait être une démarche collective d’encourager ce type de partenariat privé/public et lever les obstacles persistants. Dans le cas contraire, c’est la dynamique du mécénat qui pourrait bien échapper à la cause de l’environnement.
Quelles chances pour le mécénat pour l’environnement de demain ? Les entreprises oseront-elles davantage servir cette cause ? Les défis dans le domaine de l’environnement sont considérables. Ils ne pourront être relevés sans l’aide des entreprises. Elles s’engagent de deux manières pour l’environnement : via leur politique de développement durable et leur politique de mécénat. Le mécénat est un véritable moyen d’actions pour l’entreprise. Il s’agit de faire en sorte que l’environnement prenne sa place et toute sa place dans le mécénat. Dans les dix années à venir, celui-ci pourrait représenter un tiers du mécénat global avec les efforts de tous. Le mécénat pour l’environnement n’est pas honteux, il est porteur. Dès lors qu’on garde à l’esprit l’essentiel, il ne se construit pas sur une entreprise ou sur un bénéficiaire, il se construit sur un projet et c’est ce projet qui réunit et fait avancer les deux.
Pour que l’ensemble des acteurs puisse se mobiliser pour l’environnement, les règles du jeu doivent être claires et chacun doit se poser les bonnes questions : avec quel partenaire travailler, quel est le retour attendu, quels compromis sont possibles, etc. Un encouragement de l’Etat pourrait permettre au mécénat environnemental de jouer un rôle accru face aux enjeux environnementaux de demain.