L’Institut de veille sanitaire (InVS) a publié une étude de santé publique autour d’une ancienne usine de broyage d’amiante, le Comptoir des minéraux et matières premières située à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint- Denis (93). L’Institut de veille sanitaire (InVS) a étudié les impacts sanitaires et émis des recommandations sur les pollutions de l'environnement à l'amiante survenues entre 1938 et 1975 au Comptoir des minéraux et matières premières située à Aulnay-sous-Bois, suite au décès d'un homme.
Le Comptoir des minéraux et des matières premières (CMMP) est une entreprise dont l’activité a consisté dans le commerce et le broyage de minéraux, zircon, mica et, officiellement jusqu’en 1975, dans le broyage, défibrage et cardage d’amiante brut (crocidolite dit amiante bleu). L’entrerpise de broyage d’amiante s’est installée en 1938 dans une ancienne menuiserie à Aulnay-sous-Bois, dans une zone déjà urbanisée comportant des pavillons d’habitation, des commerces, et proche d’une école construite en 1926. Cette zone allait rapidement se densifier et accueillir de nouvelles écoles.
En 1991, que les unités de broyage ont été démantelées et le terrain mis en vente. Une société immobilière a acheté le terrain en 1999 et a demandé en janvier 2000 l’autorisation d’y construire un lotissement. En juillet 2000, la préfecture a formulé une injonction de remise en état du site. Du fait des contestations de l’ancien propriétaire et des interrogations des associations de riverains relatives aux modalités de la déconstruction, celle-ci n’a pas encore été mise en oeuvre.
Cette pollution environnementale de l’usine a été à l’origine de plaintes multiples. Tout au long de son activité, le CMMP a fait l’objet de nombreuses plaintes de riverains liées aux rejets de poussières et au bruit des broyeurs. Les témoignages des personnes ayant travaillé dans l’usine ou de leurs proches, les observations faites par la Caisse régionale d’assurance maladie d’Ile-de-France (Cramif) ainsi que les méthodes de production concourent tous à décrire un empoussièrement intense de l’atelier à l’origine d’une exposition massive des travailleurs et constituant une source de pollution pour l’environnement.
En 1997, suite au décès de Pierre, riverain décédé d’un mésothéliome, la famille Léonard Voide a déposé une plainte auprès du procureur de la République. En effet, aucune exposition professionnelle à l’amiante n’était connue chez cette personne et seul le fait d’avoir habité à proximité de l’usine semblait pouvoir expliquer la maladie.
L’Invs a donc mené une vaste étude sur les impacts sanitaires liés à la manipulation d’amiante dans cette usine de broyage sur les populations avoisinantes. Sur 21 cas de personne présentant une pathologie liée à l’amiante et pour laquelle l’hypothèse d’une exposition environnementale et non professionnelle était l’explication unique ou prédominante., on retrouve une exposition exclusivement environnementale ou mixte (environnementale et domestique à prédominance environnementale très nette) pour 11 d’entre eux ; 9 cas ont une origine professionnelle. Parmi ces 9 cas, 7 ont travaillé au Comptoir des minéraux et matières premières (CMMP) d’Aulnay-sous-Bois et 2 ont également été exposés par la voie environnementale liée au CMMP. Enfin, le dernier cas présente une exposition mixte environnementale et domestique, celle-ci étant liée à une activité sur le site du CMMP, précise l’Invs.
L’alerte lancée par les associations, à savoir l’existence d’une exposition environnementale ancienne à l’amiante à l’origine d’un premier cas de mésothéliome, était donc vérifiée. L’identification de personnes ayant développé des affections spécifiques de l’amiante, du fait d’une exposition uniquement ou majoritairement environnementale au voisinage du CMMP, signe la dangerosité des rejets de cette entreprise pour la population riveraine de l’époque.
C’est la première fois en France que des cas strictement environnementaux sont mis en évidence dans le voisinage d’une ancienne usine de transformation de l’amiante. La sévérité des critères scientifiques retenus garantit la validité des résultats obtenus, assure l’Invs. De plus, l’Institut ajoute que concernant la dispersion des fibres d’amiante dans l’environnement, l’étude visant à délimiter le périmètre impacté par le broyage d’amiante, a un caractère expérimental.
Peu rassurant, l’amiante pourrait avoir contaminé l’environnement en d’autres secteurs géographiques en France … Les experts français contactés s’accordent toutefois à dire que le CMMP a – au moins dans les 10 premières années de son fonctionnement et probablement de manière durable – compté parmi les unités industrielles de transformation et d’utilisation de l’amiante qui ont conduit aux niveaux d’exposition les plus élevés en France. La nature même de l’activité (broyage et défibrage) et du type d’amiante traité (crocidolite longtemps majoritaire), les conditions de travail relevées (port occasionnel de protections individuelles, nombreuses manipulations manuelles) ainsi que l’environnement de travail décrit (fort empoussièrement et lacunes dans le système de captation des émissions à la source) sont autant d’éléments concrets rapportés dans la présente étude venant étayer cette conclusion.
Il n’en reste pas moins, pour l’Invs, que le CMMP ne peut pas être la seule entreprise française ayant entraîné une contamination de son environnement et donc de la population y résidant. Il nous semble ainsi essentiel de garder en tête que, du fait de son effectif salarial, le CMMP était une petite unité de production, dont l’environnement immédiat, quoique très tôt résidentiel, présentait une densité moyenne de population.