C’est avec consternation que France Nature Environnement et sa fédération régionale en Rhône Alpes (la FRAPNA) accueillent la cartographie nationale des sites contaminés aux PCB, tout en notant l’effort de transparence opéré par les pouvoirs publics. En effet, nous suivons ce dossier depuis maintenant 30 ans et nous avions déjà formulé cette demande à l’ancienne Ministre de l’Ecologie Nelly Olin, puis en juillet dernier auprès du nouveau Ministre d’Etat Jean-Louis Borloo.
Suite à ces demandes répétées, nous avions pu avoir confirmation de la parution de cette carte par le Ministère de l’Ecologie du Développement et de l’Aménagement Durable lors de notre dernière rencontre il y a une semaine.
Les résultats montrent une contamination importante sur 4 principaux bassins, ce que nous pressentions déjà, à savoir, Rhin-Meuse, Rhône-Méditerrannée, Artois-Picardie et Seine.
En effet, l’état des lieux établi en 2004 pour ce dernier bassin montre que l’estuaire et la baie de Seine sont les zones les plus contaminées du littoral français, avec une contamination de la baie de Seine par les PCB jusqu’à 15 fois supérieure à la médiane nationale.
Cette carte montre que dans 35% des cas, le taux de PCB est alarmant. Reste à savoir si la situation décrite aujourd’hui dans le grand Ouest tient à l’absence de pollution avérée dans les cours d’eau ou du manque de données réellement exploitable.
Par ailleurs, la carte de contamination des poissons mis sur le marché entre 2002 et 2007 est encore très perfectible, même si elle confirme que l’estuaire et la baie de Seine, les étangs de Haute Somme et d’Anguillère présentent des résultats non conformes pour l’alimentation. FNE et la FRAPNA demandent que des pêches soient systématiquement réalisées, dans un premier temps aux endroits identifiés comme extrêmement pollués au niveau sédimentaire, dans le but d’avoir une réelle photographie de la contamination des poissons.
FNE et la FRAPNA peuvent toutefois se féliciter que la Secrétaire d’Etat ait repris la majorité de leurs propositions, présentées hier à l’occasion du Comité de pilotage sur les PCB dans le Rhône. Il s’agit dorénavant de définir à la fois des actions précises et un engagement financier des différents acteurs.
Pour Bernard Rousseau, responsable des politiques eau à FNE « Ces informations nouvellement dévoilées montrent, à l’évidence, que la mise en place d’un groupe « eau » dans le cadre du Grenelle aurait plus qu’opportun. Que nous proposent l’Etat, les industriels et les économistes pour traiter cette accumulation de pollution sédimentaire, qui contient bien d’autres molécules ? »
FNE et la FRAPNA, qui ont saisi l’opportunité du Grenelle pour faire avancer ce dossier, demandent à ce que des actions concrètes soient maintenant engagées. Pour Alain Chabrolle, porte parole de FNE et de la FRAPNA sur ce dossier « cette pollution doit servir d’exemple, et toutes les leçons doivent en être tirées, notamment au niveau politique, pour régler l’ensemble des pollutions sédimentaires. »
Sur le dossier PCB, FNE et la FRAPNA ont plusieurs attentes. Face à une catastrophe écologique majeure et à la veille de la mise en place du Comité de Pilotage du Plan de Recherche Pollution du Rhône par les PCB, FNE et la FRAPNA rappellent d’ores et déjà les acquis et réaffirment leurs attentes.
La FRAPNA et FNE ont obtenu depuis début 2007 : la prise en compte de cette pollution à sa juste mesure par les services de l’Etat, après avoir bataillé pendant plusieurs mois pour faire sauter la chape de plomb qui pesait sur ce dossier, le quasi arrêt des rejets directs des PCB dans le Rhône par l’usine Trédi Séché de Saint-Vulbas (Ain), le déploiement des investigations (sédiments, poissons, coquillages, végétaux…) sur l’ensemble du bassin du Rhône, de l’Ain à la Camargue, la création d’un plan de recherche 2008-2010 par Mme Nelly Olin sur cette contamination, la multiplication des plaintes après celles des pêcheurs professionnels, de la FRAPNA et de FNE, notamment celles des villes.
Et plus récemment, l’engagement du MEDAD à : publier la carte nationale de pollution par les PCB, la mise en place d’un observatoire national des données relatives à la pollution par les PCB et les pollutions sédimentaires, la saisine de l’AFSSA pour préciser les impacts sanitaires liés à la consommation des poissons, la relance de l’inventaire national des transformateurs contenant du pyralène devant être décontaminés d’ici 2010.
Mobilisées depuis plus de trente ans sur ce dossier, la FRAPNA et FNE attendent : la mise en place de moyens financiers nécessaires au plan de recherche et à la poursuite des investigations, l’élaboration d’un plan de gestion détaillé avec : la cartographie exacte de la pollution du bassin du Rhône et de ses affluents (Saône, Isère, Durance, rivages de la méditerranée, y compris la Camargue), l’étude des impacts sanitaires sur les travailleurs du PCB, les consommateurs de la pêche professionnelle et les pêcheurs de loisirs sur les zones les plus contaminées, l’indemnisation urgente des pêcheurs professionnels, l’identification de l’ensemble des responsables des émissions de PCB, l’étude des impacts sur les différents usages du Rhône (irrigation, potabilisation…), l’étude de la faisabilité de dépollution sur des zones particulièrement polluées, l’étude des transferts de la pollution des sédiments contaminés aux poissons, ainsi que de leur déplacement de l’amont vers l’aval.
De plus, à la veille des phases finales du Grenelle de l’environnement, la FRAPNA et FNE demandent que l’on tire sur le plan politique toutes les leçons de cette dramatique situation. Par ailleurs, il restera à répondre à la question : combien de temps faudra t-il attendre pour reconsommer des poissons du Rhône ?