Le marché actuel du dioxyde de carbone incite à la déforestation de certaines des plus grandes forêts du monde, ce qui paradoxalement libèrerait dans l’atmosphère des tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, d’après une nouvelle étude publiée lundi.
Sous le protocole de Kyoto qui vise à freiner le réchauffement climatique, il n’y a pas de raison rentable -pour les 10 pays et un territoire français qui représentent 20% des forêts tropicales intactes de la Planète- de maintenir l’existence des forêts, d’après une étude publiée dans le journal Public Library of Science Biology.
Le traité de Kyoto et d’autres discussions sur le réchauffement climatique se concentrent sur les crédits de dioxyde de carbone pour les pays et les compagnies qui plantent de nouveaux arbres là où les forêts ont été détruites. Les arbres et les autres végétaux peuvent absorber le dioxyde de carbone, un gaz à effet de serre émis par les véhicules fonctionnant au pétrole, par les centrales électriques au charbon et par les humains.
Actuellement, il n’existe pas de crédits pour les pays qui conservent les forêts qu’ils ont, a noté l’étude.
« Les pays qui n’ont pas réellement été la cible de la déforestation n’ont rien à vendre parce qu’ils n’ont rien abattu » a déclaré Gustavo Fonseca, l’un des auteurs de l’étude.
« Donc cela crée une incitation perverse pour ces pays qui commencent de fait la déforestation, pour qu’à l’avenir ils puissent bénéficier de la bourse du carbone » a ajouté Gustavo Fonseca.
La bourse du carbone est un marché de négociation et d'échange de crédit d'émission de gaz à effet de serre. Les quotas d'émissions (dioxyde de carbone ou CO2, méthane, et protoxyde d'azote) sont accordés par les gouvernements dans le cadre d'un mécanisme réglementaire.
C'est l'une des façons qu'ont trouvé les pays ayant signé le protocole de Kyoto pour réduire leurs émissions, et limiter ainsi le réchauffement de la planète. L'incitatif financier, encourage l'investissement dans l'innovation technologique et la modernisation des installations.
Les pays les plus susceptibles de ce genre de déforestation « par dépit » si l’on peut dire, parce que plus de la moitié de leurs forêts d’origine sont encore intactes, sont Panama, la Colombie, la République Démocratique du Congo, le Pérou, Belize, le Gabon, la Guyane, le Suriname, le Bhoutan, la Zambie ainsi que la Guyane Française.
Ces endroits ont besoin d’un système de crédits qui les impliquent dans « le marché de la non-déforestation mondiale » a déclaré Gustavo Fonseca, du Programme de la Banque Mondiale, Global Environment Facility. Ce programme vise à aider les nations bénéficiaires à financer des projets et des programmes visant à protéger l’environnement mondial.
Avec ce genre de systèmes, ces pays pourraient garder des taux de déforestation inférieurs à la moyenne mondiale et obtenir des crédits en fonction de la différence de leurs taux avec la moyenne.
Ces mécanismes du marché sont toujours à l’étude et devraient être soumis au débat lors d’une série de meetings internationaux sur le réchauffement climatique qui auront lieu cette année aux Nations Unies, à Washington et à Bali en Indonésie.
Tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre, ce système pourrait offrir d’autres bénéfices dont les forêts intactes seraient à l’origine, d’après Russell Mittermeier, co-auteur de l’étude et président du groupe écologiste Conservation International.
Les forêts intactes protègent les zones d’eau, encouragent la pollinisation et préservent la biodiversité, d’après Russel Mittermeier.
Ce dernier a ajouté que peut-être 20 à 25% des émissions de dioxyde de carbone mondiale provenaient de la destruction des forêts tropicales mais que ce problème était malheureusement rarement au cœur des discussions sur le réchauffement climatique.
« Les gens parlent beaucoup des émissions des véhicules, des émissions industrielles, des biocarburants et du recyclage. Les forêts sont rarement un sujet de discussions et pourtant elles sont peut-être le facteur le plus important du réchauffement climatique » a-t-il déclaré.