L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) a détecté sur des réacteurs de centrales EDF une anomalie de faible gravité. Cette anomalie peut néanmoins être à l'origine de fissures dans les tubes des générateurs de vapeur.
Pour l'ASN certains réacteurs des centrales nucléaires d'EDF présentent un défaut au niveau des générateurs de vapeur « pouvant avoir des conséquences pour la sûreté ». Ces déclarations de l’ASN appuient les dernières publications de la fédération « Sortir du nucléaire » qui remettaient en question l’attitude d’EDF concernant la sécurité, la résistance de ses installations aux secousses sismiques et la transparence.
EDF a répondu mercredi aux déclarations de l’ASN en disant que depuis janvier, la compagnie avait engagé des actions correctives, en particulier sur le site de Cruas (Ardèche) où le défaut a pu être totalement résolu.
L’anomalie détectée par l’ASN concerne le « taux de colmatage » chez « certains réacteurs de 900 MWe et 1300 Mwe ». L’anomalie est classée au niveau 1, le plus bas de l'échelle internationale de gravité des événements nucléaires INES (International Nuclear Event Scale, graduée de 0 à 7).
Ainsi un phénomène de colmatage concernant les générateurs de vapeur (GV) ont été observés dans les centrales incriminées.
Un générateur de vapeur est un échangeur thermique entre l'eau du circuit primaire, portée à haute température (320°C) et pression élevée (155 bar) dans le cœur du réacteur, et l'eau du circuit secondaire qui se transforme en vapeur et alimente la turbine.
Il comporte environ 3300 tubes en forme de U renversé, maintenus par des structures internes, parmi lesquelles les plaques entretoises. C'est dans les passages aménagés entre les tubes et les plaques entretoises pour la circulation de l'eau que se forme le colmatage.
EDF a avoué que la compagnie considérait que ce phénomène de colmatage était à l'origine d'un incident survenu en février 2006, provoquant l'apparition d'une fissure sur un tube d'un générateur de vapeur du réacteur Cruas 4.
Les contrôles de l'ASN ont révélé des taux de colmatage importants sur plusieurs réacteurs, pouvant atteindre 80 % de la surface des espaces aménagés pour laisser passer l’eau. EDF estime en outre que le colmatage progresse d’environ 5 % par an.
A ce jour, parmi les centrales du palier 900 MWe, celles de Cruas et Chinon ont été identifiées par EDF comme présentant les taux de colmatage les plus élevés. Pour le palier 1300 MWE, le réacteur Saint-Alban 1 est le plus affecté.
Le colmatage des générateurs de vapeur entraîne plusieurs conséquences qui peuvent mettrent en danger la sûreté des réacteurs. D’abord le colmatage constitue probablement le paramètre déterminant entraînant l’apparition de vibrations excessives des tubes dans certaines zones des générateurs de vapeur, vibrations qui peuvent conduire au développement rapide de fissures.
Ensuite, il peut également induire des efforts mécaniques importants sur les structures internes des générateurs de vapeur. Enfin, il entraîne une diminution du taux de circulation de l’eau dans les générateurs de vapeur et donc, pour un même niveau d’eau mesuré, une réduction de la quantité d’eau disponible à l’intérieur du générateur de vapeur.
EDF affirme que le colmatage des générateurs de vapeur des réacteurs de 900 MWe et 1300 MWe jusqu’aux niveaux observés permet un fonctionnement des réacteurs dans des conditions de sûreté acceptables.
L’ASN estime pour sa part qu’EDF devrait travailler sur la question et approfondir ses études pour affiner l’évaluation des taux de colmatage, identifier plus précisément les conséquences de ce phénomène pour les réacteurs et de lui faire parvenir une première série de réponses courant juillet 2007.
Parmi les solutions proposées par EDF, on trouve la solution de dissoudre les dépôts d’oxydes par l'injection d'une solution chimique à haute température. Cette solution, qui s'est révélée efficace, comporterait néanmoins des risques potentiels sur les équipements.
EDF envisagerait également de modifier les conditions d’exploitation des réacteurs afin de limiter l’apparition du phénomène de colmatage.