Pendant des décennies, des milliards de dollars de gaz naturel se sont évaporés en fumée, via des systèmes de brûlage des gaz par torchère, provoquant l’émission de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Mais aujourd’hui, la diminution de l’offre d’énergie et l’augmentation du prix du gaz pourraient bien changer la donne et mettre fin à la pratique du brûlage des gaz par torchère.
La torchère est un mécanisme industriel qui maintient une petite flamme allumée en tout temps à la sortie de certaines cheminées évacuant des gaz combustibles. Ce mécanisme permet de brûler les excédents de gaz avec un haut taux d'efficacité et évite les surpressions dans les unités de raffinage qui risquent de provoquer des explosions intempestives.
Dans toutes les raffineries et les usines de traitement de gaz, ainsi que dans les lieux de production, une torchère brûle en continu, émettant des quantités considérables de gaz à effet de serre, de suies et d'autres polluants.
Le brûlage des gaz par torchère est responsable d'un gaspillage important et d'émissions majeures de gaz à effet de serre, alors que le méthane et les gaz pourraient être compressés et utilisés.
Mais les inquiétudes à propos du fait que les émissions de dioxyde de carbone étaient à l’origine du réchauffement climatique ont accéléré les efforts internationaux pour mettre fin à la pratique du brûlage des gaz par torchère.
« Aujourd’hui, les prix du gaz ont atteints un niveau qui rend la collecte du gaz rentable » d’après Jonathan Stern de l’Institut d’Oxford pour l’Economie d’énergie.
Malgré l’initiative de réduction de l’utilisation de la torchère du Gaz Mondial par la Banque mondiale (GGFR), lancée en 2002, le volume de gaz perdu à cause de la torchère reste stable depuis 12 ans, entre 1995 et 2006 inclus, d’après les chercheurs.
D’après les chiffres de L’Administration Océanique et Atmosphérique Nationale des Etats-Unis (NOOA), avec l’aide des découvertes de la GGFR, le volume de gaz perdu à cause de la torchère est passé de 150 à 170 milliards de mètres cubes entre 1995 et 2006.
La torchère du gaz naturel estimée de 168 milliards de mètres cubes de gaz équivaut à 27% de la consommation des Etats-Unis en gaz naturel avec une valeur potentielle sur le marché de 69 milliards de dollars d’après la NOOA.
Le Nigeria a longtemps été considéré comme étant le pire responsable de cette perte de gaz naturel par torchère, mais de nouvelles recherches de la NOOA, qui a analysé des données satellites plutôt que de faire confiance aux chiffres officiels des gouvernements, pense que c’est la Russie qui gaspille le plus de gaz naturel.
Le président russe Vladimir Poutine a demandé au gouvernement cette année de renforcer les règles sur les producteurs qui utilisent la torchère, et de leur retirer leur licence si nécessaire pour protéger l’environnement et économiser du gaz naturel pour les industries russes.
Le Nigeria a mis en place une stratégie pour mettre fin à l’activité de brûlage des gaz par torchère d’ici 2008 et a promu des projets tels que la construction d’usines produisant du gaz naturel liquéfié (LNG), ces usines pouvant refroidir le gaz naturel et le rendre liquide pour qu’il puisse être transporté partout dans le monde.
Mais beaucoup doutent que le Nigeria arrive à remplir ces objectifs. D’après Royal Dutch Shell, la compagnie pétrolière, le Nigeria ne parviendra pas à obtenir de tels résultats en 2008 parce que le gouvernement n’a pas fourni de financements pour un projet national d’installation d’usines de gaz naturel.
Dans tous les cas, les analystes estiment qu’il y a certains problèmes que les gouvernements ne peuvent pas mettre de côté et un certain volume de gaz sera toujours perdu à cause de l’impossibilité de le donner aux consommateurs ou pour des raisons de sécurité.
Mais la diminution de l’offre de pétrole et de gaz alors que la production dans les principales exploitations diminue, et l’augmentation des prix du gaz naturel pourraient bien réduire cette pratique de torchère au strict minimum.
Daniel Simmons, un spécialiste du gaz pour l’Agence Internationale de l’Energie, est d’accord pour dire que l’augmentation des prix du gaz est vraiment très significative, notamment en Russie, où la compagnie qui peut le plus en bénéficier est Gazprom.
« Gazprom devrait maintenant chercher à réduire la torchère comme une solution à court terme pour augmenter l’offre en gaz. » estime Daniel Simmons.
« Le monopole de Gazprom sur le transport, l’exportation et l’exploitation du gaz naturel a fait qu’elle est la compagnie la mieux placée pour envisager de construire une infrastructure pour capturer le gaz naturel de manière très rentable ».