Le Premier ministre Stephen Harper a annoncé qu’il allait augmenter la présence militaire dans l’Arctique afin d’assurer la souveraineté canadienne sur ce territoire, que les États-Unis soutiennent être un territoire international. De six à huit navires canadiens assureront la patrouille du passage du nord-ouest (Passage Northwest), un endroit qui comporte environ 25 pour cent des réserves de pétrole et gaz non exploitées de la planète.
Abandonnant une promesse électorale de mettre en place de puissants brise-glace armés dans l’Arctique, le Premier Ministre du Canada Stephen Harper a déclaré hier que son gouvernement allait dépenser 3.1 milliards de dollars pour construire six à huit navires de patrouille canadiens, capables d’opérer dans une couche de glace pouvant être épaisse d’un mètre, et qu’un port assez profond pour les accueillir serait construit.
Durant les 25 ans de durée de vie des navires, cela coûtera 4.3 milliards de dollars de plus pour se les procurer, les réparer et les remettre à neuf, et ils se réapprovisionneront en nourriture et en carburant dans le nouveau port. Aucun chiffre n’a encore été donné concernant le coût de la construction du port. Environ une douzaine de chantiers navals au Canada pourraient être capables de construire des navires de cette taille.
Après avoir annoncé son plan, M. Harper a qualifié ce projet à 7 milliards de dollars de « dépense utile ». Il a déclaré qu’il était bien connu que d’autres pays avaient des vues sur les ressources de l’Arctique et se disputaient sur des éléments de la souveraineté du Canada sur ces ressources. Ces pays n’étaient d’ailleurs pas seulement des ennemis mais aussi des pays alliés du Canada.
« Le Canada a le choix quand il s’agit de défendre sa souveraineté sur l’Arctique » a-t-il déclaré. « Nous pouvons la perdre ou l’utiliser. Et ne vous méprenez-pas, ce gouvernement a bien l’intention de l’utiliser ».
L’annonce de M. Harper n’a pas grand chose à voir avec les engagements qu’il avait pris pendant la dernière campagne électorale. Il s’était en effet engagé à construire trois brise-glace armés capables de briser une couche de glace de six mètres, pour une mission de souveraineté qu’il avait qualifié de stratégie « Canada First ». Interrogé à ce sujet, M. Harper a déclaré que le nouveau projet avait du sens dans les circonstances actuelles.
« Au cours de la campagne électorale nous avons parlé de trois grands brise-glace. Après réflexion, et en collaboration avec la Département de la défense nationale, nous avons conclu que nous aurions besoin d’une flotte plus versatile, et composée de brise-glace plus petits qui nous permettront tout autant de patrouiller dans les eaux de l’Arctique et le Passage Northwest quand cela sera nécessaire ».
M. Harper a déclaré que les navires qu’il avait annoncés seraient capables de naviguer sur les trois côtes du Canada et dans les fleuves principaux du pays. Ils seront aussi équipés de pistes d’atterrissage pour les hélicoptères C-148 Cyclone qui ont été commandés l’année dernière.
Le ministre de la défense Gordon O’Connor a déclaré que les navires « feraient partie des navires armés de bataille navale les plus importants du monde, capables de mener des opérations dans la glace ». Les navires seront capables de mener des opérations de patrouille en naviguant dans la longueur du passage Northwest pendant la saison navigable d’été, et pourraient faire des patrouilles d’approche du passage le restant de l’année. Ils pourront naviguer à une vitesse maximale de 20 nœuds. Chacun des navires fera 100 mètres de long.
Le Vice-Amiral Drew Robertson, chef du personnel maritime, a déclaré que les navires permettront des opérations soutenues dans le Nord. « Ces navires amélioreront significativement la capacité de la Marine à fournir un soutien armé à d’autres gouvernements afin de renforcer la souveraineté et la sécurité dans les trois océans bordant le Canada ». Le critique libéral Denis Coderre a fait remarquer que M.Harper avait renversé la tendance à propos des brise-glace, d’un système de surveillance des eaux et d’un bataillon aérien dans le nord.
« Ce que nous avons aujourd’hui à la place de tout ça ce sont en réalité six à huit paquebots qui seront capables de voyager pendant l’été. Ils seront à la merci des conditions de l’Arctique pendant le reste de l’année ». Ni le premier ministre du Canada ni M. O’Connor n’ont été plus spécifiques à propos des menaces et des défis de la souveraineté canadienne, même si le Premier Ministre a fait des allusions à des conflits d’intérêt général sur les ressources de la région, notamment des diamants, de l’argent, du cuivre et du zinc.
« Le monde est en train de changer. La découverte des riches ressources du Nord, combinée avec l’impact potentiel du réchauffement climatique, ont fait de la région une zone d’intérêt croissant et de préoccupation ».
Parmi les conflits potentiels actuels, on peut penser par exemple au Président Russe Vladimir Poutine qui a déclaré le mois dernier que le Pole Nord était un territoire russe. Le Canada et le Danemark se sont également disputés ces dernières années à propos d’un petit morceau de territoire rocheux sur la côte du Groenland.
Le passage du Northwest est aussi un point de conflit : les marins ramènent des biens et des touristes de plus en plus nombreux à travers les îles de l’Arctique en été. Le Canada affirme que les eaux des îles de l’Arctique lui appartiennent. De nombreux autres pays estiment que le Canada ne possède que très peu de kilomètres de chaque côté de ses côtes, et qu’ils n’incluent pas les eaux des îles de l’Arctique.
Mots-clés : Canada- Arctique
(d’après un article du Globe and Mail)